Mondial 2012 : Pierre Jacky livre ses impressions
Après la dernière rencontre face à la Lituanie, clôturant l’aventure Portugaise de l’équipe de France, Pierre Jacky, le sélectionneur, se livre pour futsal-info.fr. Il livre un sentiment global sur ce mini-championnat et revient sur son approche des trois rencontres, ses choix tactiques et les ambitions de l’équipe de France. Un entretien passionné et d’une grande intensité.
"Il manque véritablement l’expérience d’être confronté tous les week-ends à des situations particulières de haut niveau"
Quel est le bilan global de cette compétition ?
Malgré les deux défaites et l’élimination, c’est un bilan correct. Nous sommes à notre place. Lorsqu’on fait l’analyse des forces en présences, le Portugal est nettement au dessus. Sur la dernière journée, on voit la Slovaquie rivaliser une mi-temps avec le Portugal. Vu la qualité de cette équipe, on se dit alors que nous réalisons une bonne prestation lors de la première journée. Hier [dimanche], nous arrachons une 3ème place dans un dernier match difficile à jouer face à un adversaire à l’affut du moindre contre. C’était délicat, nous pouvions rapidement nous faire poignarder dans le dos. Mais après deux défaites, nous avons su rebondir.
Lors du premier match, l’entame a été très timide. Vous passez à côté du début de la deuxième rencontre. Y’a t-il des regrets ?
Oui et non. Sur le premier match, on met du temps à rentrer dans la rencontre mais nous avons su résister un bon moment. On peut malgré tout regretter l’absence de Kamel Hamdoud. Il nous aurait, sans doute, apporté ce brin de folie qu’il nous a manqué. Sur le deuxième, on encaisse trop de buts, trop vite. Lors de nos dernières prestations, nous avions su prendre le jeu à notre compte. Nous étions sur dynamique positive et nous avons été joueur face au Portugal. Certains sont tombés de haut. Mais c’est normal, c’est une leçon à prendre. Il y a un dicton Laotien qui dit : «Quand on perd, il ne faut pas perdre la leçon». J’espère dorénavant que tous seront vaccinés pour dire «On a progressé mais malgré tout, les tous meilleurs mondiaux : le Brésil, l’Espagne, le Portugal qui a fait match nul face au Brésil à deux reprises ces dernières semaines avec la sélection que nous avons affronté, ne sont pas de notre monde». Ca serait d’ailleurs grave si ca l’était car la notion de professionnalisme serait totalement remise en cause. Que serait le très haut niveau si des amateurs venaient bousculer les meilleurs professionnels ? Il y a une réelle spécificité et plus le niveau monte, plus on la retrouve.
Vouloir jouer contre le Portugal lors de ce tour n’était-il pas ambitieux ?
Sur la lancée de nos dernières prestations, nous voulions tenter de le faire. Nous avons entamé cette rencontre pour la gagner. Nous avons donc tenté de nous créer des occasions. On a vu ce que ca a donné. J’ai donc dit stop et nous avons refermé le jeu. Nous avons terminé ce match pour ne pas encaisser de buts. Conclusion, en 30 minutes, nous n’en encaissons qu’un seul. Ceci dit, ce n’est pas ce qui fait la joie du futsal. On peut être fier de savoir fermer les espaces, de savoir protéger son camp mais il faut aussi être fier de marquer des buts. Quand, nous avons essayé de marquer, c'est-à-dire dans les 5 premières minutes, nous avons pris un bouillon énorme parce que pour marquer, il faut se démarquer, créer des espaces, lancer des combinaisons et donc se dégarnir. Là, on offrait au Portugal l’opportunité de jouer avec nos ballons… En perdant le ballon contre ce type d’équipe, nous n’avions pas le temps de nous rééquilibrer. Conclusion, nous avons eu des blancs dans des zones hyper-dangereuses. On pensait pouvoir jouer à notre rythme habituel, on est tombé de haut.
"La prochaine étape est de pouvoir jouer face aux meilleures nations même si c’est par petites périodes, comme l’a fait la Slovaquie face au Portugal"
Comment garde-t-on ses joueurs mobilisés pour la rencontre face à la Lituanie ? Même si le classement FIFA est important, vous sortez de deux défaites et d’une élimination.
Je dois d’abord reconnaitre que j’ai de très bons joueurs. Des gars supers, un bon groupe, sympa qui ne donne rien aux chiens. Ca facilite beaucoup de choses. Le staff est également très mobilisé et très pro. Ensuite, pour conserver une certaine mobilisation, il y a plusieurs leviers : le fait de changer un peu les idées de départ au niveau tactique, le fait de profiter de la journée de coupure pour bien récupérer et penser à autre chose… et puis, il faut trouver tous les arguments de progression sur un match de ce type : pouvoir gagner des points FIFA, un blason à redorer par rapport aux matchs précédents… ce sont finalement des arguments assez faciles à trouver vu les qualités mentales du groupe.
Et dans ce dernier match, après ce deuxième but avant la mi-temps qui redonne l’avantage à la Lituanie, malgré une belle période Française, il fallait trouver de nouveaux arguments.
Effectivement, ce n’est pas le même type de réaction. Après le Portugal, je les ai bougés un peu. A la mi-temps de ce dernier match, ce sont d’avantage des messages de patience. Il fallait leur expliquer et leur faire prendre conscience qu’ils étaient dans le vrai. En décortiquant notamment les situations. On a pu voir qu’en jouant en 2-2, avec Teixeira sur le côté gauche et Otmani sur le côté droit puis deux joueurs devant, notamment Hamdoud et Chaulet ou Hamdoud et Mendy pour bloquer et jouer devant ou se cacher au deuxième, nous nous procurions systématiquement des occasions. Nous étions dans le vrai par rapport à cette équipe de Lituanie qui avait alors du mal à se couvrir, notamment côté opposé, et qui nous offrait des passages vers le but. Nous avons également donné aux joueurs quelques repères statistiques sur la première période. Nous les avons enfin réconfortés par la qualité des situations qu’ils s’étaient crées. Même les Portugais se sont fait contrer 4 ou 5 fois face aux Lituaniens, c’est comme ça. Quand l’adversaire est à l’affut du moindre contre et ne cherche que ca, on ne peut pas l’éviter sur toute une rencontre. C’est le prix à payer. Mais, il fallait garder le concept qui était le bon. On savait que ca finirait par payer. Le vrai danger c’est de perdre patiente. C’est sans doute ce que nous aurions fait il y a quelques années. Nous aurions vite changé les choses en prenant un but ou nous aurions cherché l’exploit individuel, à carotter, à précipiter, à ne pas revenir mais notre patience a été récompensée. Je suis très content pour les joueurs.
L’équipe de France a également montré de grosses ressources mentales, c’est le point positif de ce tournoi ?
Ca vient confirmer. On le savait. Nous sommes de moins en moins fragiles à ce niveau. Ce qui nous manque c’est l’expérience tactique. Face à l’Espagne ou cette semaine face au Portugal, nous l’avons clairement vu sur certaines situations qui ne se présentent pas dans le championnat de France. Les joueurs manquent de métier sur des situations telles que le gardien volant ou les sorties de pressing. En championnat, le problème du pressing, par exemple, ne se pose pas réellement pour les meilleurs joueurs des meilleurs clubs. Or, ça obligerait nos équipes à mieux maitriser ces aspects du jeu. C’est difficile de l’aborder pour la première fois en équipe nationale quand vous êtes face à des gros adversaires. Ca demandera encore du temps. Le jour où nous aurons une poule unique avec 5, 6, 7 équipes, voire plus, proches du professionnalisme, il y aura plus d’oppositions de haut niveau durant l’année et ce genre de situations se reproduiront plus régulièrement.
La Slovaquie parvient à mener près d’une mi-temps contre le Portugal. Par rapport à votre prestation, quel regard portez-vous sur cette dernière rencontre ?
Un regard encourageant. C’est justement le modèle que j’ai proposé aux joueurs. Pour nous, c’est la prochaine étape. Aujourd’hui, on a pu battre le 30ème mondial ou la Pologne. On voit, en revanche, que le 21ème mondial reste un cran au-dessus mais qu’il ne nous bat que sur des coups. A côté de ça, sans génie, mais avec des bons joueurs et une belle expérience tactique, il parvient à rivaliser avec le Portugal. Il faut désormais que nous puissions jouer face aux meilleures nations même si c’est par petites périodes, comme l’a fait la Slovaquie. Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là mais c’est encourageant de voir qu’une sélection comme la Slovaquie dont nous sommes finalement assez proches parvienne à produire ce type de prestation.
Que manque-t-il aujourd’hui à l’équipe de France pour franchir ce nouveau palier ?
Il va manquer quelques générations. Une équipe comme le Portugal a des dizaines d’années de professionnalisme derrière elle. Je pense que nous avons un potentiel énorme en France, ça passe peut-être par cet apprentissage city-stade où le talent et la dextérité sont très intéressants. Et puis, comme je le disais, il manque véritablement l’expérience d’être confronté tous les week-ends à des situations particulières de haut niveau.
L'équipe de France jouera à Lorient, les mardi 24 et mercredi 25 Janvier 2012, une double confrontation amicale face à l'Angleterre.
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