Dans l’ombre de l’équipe de France de Futsal, le travail des référents est un travail minutieux. Nous l’avons vu. Ils donnent les premiers coups de maillets à une équipe de France dirigée par Pierre Jacky et son collège d’officiers. Dégrossie, la liste est finalisée par le sélectionneur. Tous les prétendants à l'équipe de France reçoivent une convocation pour le stage de présélection qui a lieu en Mai, chaque année. C'est lors de ce regroupement de 3 jours que se joue leur avenir proche sous le maillot bleu. Quel est le programme de ces deux jours ? Comment les meilleurs intègrent-ils l’équipe de France ?
La convocation.
La résultante du travail de détection effectué en région, est remontée à Pierre Jacky. Ce dernier l’étudie et redescend ses premiers commentaires. Certaines listes lui parviennent excessivement chargées, certaines zones ne remontent aucun joueur. «Parfois, j’ai trop de joueurs d’une même ligue donc je demande aux référents de revoir leur tri. Je sais objectivement qu’il n’y a pas 80 joueurs d’une même région susceptibles d’intégrer le groupe France. On fait également attention aux postes, on ne va pas convoquer 20 gardiens par exemple. Bon ensuite, on ne s’arrête pas à un nombre bien précis mais 20-30 joueurs pour cette pré-sélection ça me semble raisonnable pour pouvoir bien évaluer, bien donner sa chance à tout le monde, bien travailler et être le plus pointu possible» témoigne Pierre Jacky.
Finalisée, cette liste est communiquée à tous les clubs, accompagnée d’une lettre de convocation signée de la main de Gérard Houiller, directeur technique national. Les heureux élus sont priés de se réunir à Clairefontaine, cette place forte du football Français. Un sanctuaire pour tous les amateurs de ce sport. Les membres de l’équipe de France de Futsal profitent de ces installations, ils sont logés dans le bâtiment «Boulogne», également habité par les équipes de France Espoirs.
Trois jours intensifs.
Le rassemblement est court : trois jours. Mais l’intensité est réelle. Alaeddin Aouni, de Cannes Bocca Futsal présent lors du dernier stage en Mai, ne s’oppose pas à ce constat : «C’est très fatiguant. Le troisième jour, on a les jambes lourdes. Pour la plupart, on a joué le week-end précédant».
Le staff tricolore en a conscience, «Ce sont des séances de plus de deux heures à chaque fois. Le dernier jour, ils sont un peu au bout du rouleau» admet Pierre Jacky.
Le programme est donc complet, les joueurs ne viennent pas pour se reposer, ils viennent pour montrer ce qu’ils valent, pour tenter de convaincre Pierre Jacky et ses hommes qui nous décrit le programme : «Le premier jour, on se retrouve pour une grosse réunion, on leur explique comment on fonctionne, notre code de conduite, les valeurs qu’on essaie de véhiculer, l’objectif du stage, le programme, on se présente, on les présente aussi, leur profil, d’où ils viennent. On enchaine sur une séance pour les mettre à l’aise avec beaucoup de travail technique et derrière, on profite de leur fraicheur pour les faire jouer librement et tester leur créativité. On les coach un peu pour qu’il y ait de la cohésion mais on leur laisse beaucoup de liberté, tout le monde a joué contre tout le monde. Ca nous permet de bien les voir.
Le matin du 2ème jour, on a fait des tests physiques en vitesse de 10m, de 40m, de détente verticale. On contrôle aussi le poids, certains n’ont pas forcément une super hygiène, donc on réalise ce suivi là également, ce qu’ils n’ont pas tous dans leur club. Suite à ça, nous avons réalisé un petit travail défensif, d’évaluation dans le duel, sur les deux contre un, sur les choses un peu spécifique du Futsal.
L’après-midi, on a refait quelques matchs après du travail technique et de l’animation défensive, cette fois ci collective sur des notions de fermeture d’angle, de couverture du pivot, de bloc équipe, de parvenir à créer des deux contre un en allant coté ballon et en délaissant le coté opposé.
Le troisième jour au matin, comme on a déjà affiné le travail défensif la veille, on donne des billes à l’aspect offensif. On travaille l’animation en attaque avec l’énergie qui leur reste».
L'heure du bilan.
Au matin du troisième jour, le regroupement se termine. Après avoir rendu les équipements, tous les acteurs de ce stage se retrouvent autour d’un dernier repas. Puis les joueurs sont invités à rejoindre leurs clubs respectifs. De son coté, le staff va immédiatement se pencher sur une synthèse. Cette synthèse, commencée le soir des deux premiers jours, va leur permettre de faire le point. La discussion sera poursuivie durant le voyage des A en partance pour la Slovaquie le week-end même puis la semaine suivante à têtes reposées. Plusieurs paramètres entrent en ligne de compte, pas uniquement le talent individuel des joueurs, David Meresse, l’adjoint de Pierre Jacky l’explique : «pendant trois jours, on évalue, on regarde. Tous les soirs, on se fait une petite réunion de synthèse. On regarde les paramètres psychologiques des joueurs, on s’assure qu’au niveau médical tout soit correct, au niveau de l’intégration également. Il est possible qu’un joueur titulaire en club n’accepte pas d’entrer dans le groupe avec le statut de remplaçant et la gestion d’un groupe, c’est également la gestion d’un banc. Donc on observe pendant trois jours, voir ceux qui sont susceptibles d’intégrer le stage de Septembre. Et on va continuer à les suivre car d’ici à Septembre, il peut se passer beaucoup de choses. Ce stage n’est qu’une évaluation. Les joueurs sont venus, on les a observés et évalués. On connait les éléments de l’équipe de France, on sait qu’on va avoir un manque au niveau du groupe A et que tel ou tel joueurs pourrait être un bon complément. Par ce stage, on peaufine aussi notre le groupe France».
La sélection s’affine, les joueurs choisis par Pierre Jacky et ses hommes pour intégrer son équipe sont connus. Mais l’information reste dans le cercle intimiste de l’équipe de France. Les joueurs eux-mêmes ne sont pas informés de leur potentielle sélection car le prochain regroupement de l’équipe de France est prévu pour Septembre lors du stage de rentrée, d’ici là, un certains nombre d’évènements peuvent contrarier les premiers choix et obliger les décideurs à modifier leur plan. «Les joueurs seront prévenus trois semaines avant le début du stage de Septembre. Peut-être que d’ici là, certains seront blessés. Il peut y avoir des joueurs absents lors du regroupement pré-france à cause de blessures, on ne les oublie pas et on continuera à les observer» poursuit David Meresse.
Le travail du référent et du staff Français ne s’arrête pas pour autant. Le suivi des joueurs est tout aussi important dans le but de confirmer un joueur sélectionné mais aussi d’affiner les prochaines listes en se rapprochant au plus près des exigences tricolores comme le précise Gilles Boscus : «Nous nous voyons lors de la réunion technique national chaque année puis lors du séminaire du futsal. Pierre Jacky nous précise le profil de joueurs dont il a besoin, ce qu’il recherche. Puis on fait une revue d’effectif des joueurs que nous avons détecté. La relation avec Pierre Jacky est une relation montante et descendante. On l’informe des joueurs détectés et il nous redescend les résultats de la sélection, de cette manière, on suit toujours la progression du joueur».
Finalement, peu de joueurs intégreront le groupe A à l’issue de ce stage. Le niveau est déjà élevé et aucun bouleversement majeur n’est prévu actuellement au sein de ce groupe, «L’équipe de France actuelle est très forte, les joueurs sont déjà en place et il y a des chances pour qu’ils le soient encore demain. Pierre Jacky est le seul décisionnaire à ce niveau. En -21 ans, il y a déjà plus de possibilités pour un jeune d’intégrer le groupe France. Du fait de la catégorie d’âge, les joueurs peuvent monter et libérer de la place, le groupe évolue plus vite» précise Michel Drouilhat.
Si le niveau requit pour intégrer le groupe France est élevé, tout n’est pas perdu. Le staff tricolore offre à ces joueurs une seconde chance si le joueur continue à montrer des capacités réelles tout au long de la saison, c’est le cas d’Alaeddin Aouni qui a réalisé une très belle saison avec Cannes Bocca Futsal, «C’est ma deuxième pré-sélection, j’ai fait celle de l’année dernière. Je suis revenu cette année et j’espère que ca va marcher. Comme tous, l’objectif est d’intégrer le groupe A mais bon, on sait que c’est difficile, il y a beaucoup de bons joueurs. On est là pour tenter notre chance. Quoiqu’il advienne c’est une belle expérience. On vient ici, on joue Futsal, on pense Futsal, tu mets ta vie de coté. Franchement, c’est le top».
Ainsi va la vie de l’équipe de France. La première étape est donc d’intégrer le groupe A. A ce stade, rien n’est joué, le joueur devra poursuivre son travail, saisir sa chance et montrer sur le terrain qu’il peut concurrencer ses nouveaux partenaires et devenir titulaire dans cette équipe. C’est la deuxième étape.
«Ceux qui seront appelés au mois de Septembre intégreront le groupe France et donc à partir de là, ils seront joueurs à part entière du groupe. Quand on fait un groupe avec 14 joueurs, on travaille dans les faits avec un groupe de 20 joueurs pour tourner sur une saison entre les blessés, les absences… Au lieu de dire, il prend la place d’un tel. On fonctionne avec un groupe et on pallie à des blessures, des absences, des manques… Je prends l’exemple de Jonathan Chaulet qui a été blessé une grosse partie de la saison. Il nous faut donc des gens prêts pour le remplacer. C’est la règle du jeu, on vient, on s’intègre, on remplace et un jour on devient titulaire» conclut parfaitement David Meresse.

