L'entretien : Marcelo Serpa, entraineur de Paris Métropole


Marcelo Serpa a parcouru les parquets Brésiliens et Espagnols avant de s’assoir sur le banc de Paris Métropole en début de saison dernière. Le Brésilien a débuté le futsal à 11 ans au sein du club de Flamengo dont il a défendu les couleurs pendant 11 années. En 1994, alors âgé de 22 ans, il découvre le futsal Espagnol en rejoignant le club du FS Mejorada et débute une longue aventure. Il y jouera au plus haut niveau pendant 18 ans. 18 années durant laquelle il défendra les couleurs de nombreux clubs et notamment de Caja Segovia, de Lobelle Santiago ou encore de l’InterMovistar. En 2000, avec le Caja Segovia, il remporte une coupe d’Europe et une coupe intercontinentale. Une coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, cinq coupes d’Espagne, deux titres de champion d’Espagne et trois supercoupes complètent son impressionnant palmarès. Avant de rejoindre le club Parisien, Marcelo Serpa terminait sa carrière de joueur au sein du club de Pinto Futsal.
En Français, l’entraineur/joueur, simple, modeste et passionné a accepté de répondre à quelques questions pour futsal-info.fr. Un grand honneur.

 

 

«J’ESSAIE D’APPRENDRE À UN JOUEUR À PENSER PAR LUI-MÊME… DE CETTE MANIÈRE, DANS LE MATCH, IL EST EN MESURE DE PRENDRE LA MEILLEURE DECISION»

 

 

Comment êtes vous devenu entraineur de Paris Métropole ?
Un ami travaillait au sein de l’Université de Madrid et était en contact avec le président Jean-Pierre Sabani. Il nous a mis en relation. Je venais de mettre un terme à ma carrière de joueur en Espagne et je cherchais un poste d’entraineur. La situation économique de l’Espagne était déjà très difficile et le challenge proposé par Paris Métropole était intéressant. L’aventure me permettait de découvrir un univers totalement nouveau et en plus, j’aime Paris. Les premiers contacts avec Jean-Pierre nous ont permis de trouver un accord.

 

Quel bilan tirez-vous de votre première année à Paris Métropole ?
Je suis heureux de voir la progression des joueurs que j’ai entrainés. Ils ont effectué un gros travail toute l’année et ont permis au club de réaliser une bonne saison. Il nous a manqué un titre, la coupe ou le championnat, nous avons perdu les deux finales. Je pense que nous avions la possibilité d’en gagner l’une des deux. Malgré tout, ça reste une saison positive. Nous avons montré de grandes qualités tactiques et individuelles avec le ballon. Il manquait une base de travail futsal que nous corrigeons peu à peu mais je suis content.

 

David Le Boette et Azdine Aigoun se sont révélés durant l’année jusqu’à intégrer l’équipe de France. Des révélations auxquelles vous n’êtes sans doute pas étranger. Que leurs avez-vous apporté ?
Comme à tous les joueurs du groupe, j’essaie de leur apporter une culture tactique. Nous travaillons des phases de jeu à l’entrainement et j’essaie de leur apporter le maximum de solutions pour chacune d’elles. De cette manière, le joueur, avec ses qualités individuelles, se construit et peut prendre, de lui-même, la meilleure décision dans le match. Je leur apprends à penser. C’est difficile au départ mais je pense que c’est la meilleure manière de faire progresser un joueur. Il est ensuite plus costaud et comprend plus vite. Mais il ne faut pas oublier une donnée importante. C’est l’intérêt que va porter le joueur à l’entrainement. Finalement, c’est grâce à l’intérêt qu’il me donne que je peux le faire progresser. Pour en revenir à David et Azdine, ils ont progressé parce qu’ils ont su s’impliquer et travailler. Enfin, la notion de groupe est également importante. Quand tout le groupe travaille bien, forcément, les individualités en sortent gagnantes.

Quelles sont les qualités mentales que vous recherchez ou que vous tentez de transmettre à vos joueurs ?
Le futsal est un jeu qui va vite où les petits détails font la différence. Le joueur doit être capable de rester concentré du début à la fin du match, sur et en dehors du terrain. La capacité d’écoute et de concentration est le secret de la progression. Les joueurs doivent également être en mesure de vivre un mouvement en pensant déjà au prochain. Ca rejoint un peu ce que je disais avant, les joueurs doivent devenir intuitifs.

 

Ricardo Falasque disait dans le magazine France Football que les joueurs français sont encore des bébés. Qu’en pensez-vous ?
Il n’a pas totalement tord. La grande faiblesse de la France se situe au niveau de l’école de futsal, de la formation. Il est plus difficile d’apprendre à un joueur de 20 ou 25 ans qui provient du football. Il faut changer toute sa perception du jeu, c’est compliqué. Prenez un joueur de 10-11 ans et apprenez lui à jouer au futsal dès son plus jeune âge, forcément il progressera plus vite. La formation est très importante. Mais, il ne faut pas oublier que le championnat de France n’a été lancé qu’il y a deux ans. C’est encore jeune mais la FFF a démontré sa volonté de voir le futsal progresser. Et il y a une donnée importante aujourd’hui, c’est l’information. Les choses vont beaucoup plus vite. Je le vois par rapport à mes débuts en Espagne. Il y a 18 ans, il y avait également deux groupes au plus haut niveau. La France peut bénéficier de l’expérience des autres pays, ce que n’a pas pu faire l’Espagne à l’époque.

 

Quels sont vos objectifs pour cette saison ?
L’effectif a beaucoup évolué. Nous avions une base expérimentée la saison dernière. Cette année, l’équipe est constituée en majorité de joueurs français. C’est un choix intelligent de la part de Paris Métropole. Bien sur, les joueurs étrangers ont encore beaucoup a apporté au futsal Français mais c’est important pour un club d’avoir un noyau dur de joueurs nationaux. C’est tout le futsal Français qui en bénéficiera, des clubs jusqu’à l’équipe de France. Et cette année, notre groupe est de qualité. Nous allons jouer et tenter de rester le plus haut possible. 

Votre effectif a beaucoup changé, que pensez-vous de son début de saison ?
Je pense que nos trois premiers matchs sont meilleurs que nos trois premiers matchs de la saison passée. L’année dernière, le groupe avait plus de mal pour se réunir et travailler ensemble, nous comptions alors sur la qualité de chaque joueur et peu à peu le groupe a appris à jouer ensemble. Cette saison, notre préparation a été bonne. Nous avons éprouvé quelques difficultés lors de nos deux derniers matchs [1] mais les joueurs donnent beaucoup et notre marge de progression est encore importante. Le plus d’important est de prendre les 4 points et d’accumuler de la confiance. L’équipe a montré qu’elle savait se sortir de situations difficiles.
Comment gérez-vous la double casquette joueur-entraineur durant un match ?
Pendant la semaine, ce n’est pas difficile. Je peux réfléchir tranquillement. Pendant un match, lorsque je suis sur le terrain, je suis un joueur de l’équipe et rien d’autre. En revanche, lorsque je suis sur le banc, je pense d’avantage au match, au jeu de l’équipe. Mais durant toute ma carrière de joueur, j’aimais participer au coaching, analyser le jeu de mon équipe, aider mon coach, parler avec mes coéquipiers. Je suis perfectionniste. Finalement, il n’y a pas de grand changement pour moi. Pour le moment, je joue encore car je pense que je peux apporter à l’équipe mais quand je verrais que l’équipe marche bien, je quitterais peu à peu le terrain.

 

Vous étiez à deux doigts de remporter la finale du championnat de France que vous a-t-il manqué ?
Le premier constat est de dire que cette finale était un match différent de tous ceux que nous avons pu jouer durant la saison. Nous n’avons pas joué comme nous l’avions fait durant le restant de l’année. Habituellement, nous prenions le contrôle du jeu et laissions peu le ballon à l’adversaire. En finale, nous le leur avons trop rendu, spécialement dans des zones dangereuses et cela nous a mis en danger.
Le début de match a été difficile. Nous leur avons donné 2 buts et il nous a fallu 30 minutes pour revenir à égalité au prix de gros efforts. Nous avons payé ces efforts par des erreurs individuelles qui nous coutent des buts, nous n’avions plus la lucidité qui nous permettait de faire tourner tranquillement et de gérer.

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?
Ce sont les trois ans passés à Caja Segovia en Espagne. Le groupe était formidable. On a gagné tout les titres posibles. J’ai joué à Inter Movistar ou à Lobelle mais je n’ai jamais retrouvé un groupe comme celui que nous avions à Caja Segovia. Nous étions un groupe d’amis et nous donnions tout sur le terrain. Il y avait Luis Amado, Daniel Ibañes et Jose Venancio comme entraîneur. Un grand nombre de joueurs de ce groupe a ensuite joué en sélection Espagnole.

 

Votre route a croisé celle de très grands joueurs, quel est celui qui vous a le plus impressionné et pourquoi ?
Luis Amado, chez les gardiens, est le plus impressionnant. Il voit tout. C’est le premier attaquant de son équipe en cherchant toujours la meilleure passe. Il y a également eu Daniel Ibañes et Schumacher. Ils ont une facilité à se positionner où il faut quand il faut. Je parlais de l’importance pour un joueur de trouver la meilleure solution. Quand d’autres joueurs en ont 1 ou 2 à proposer, ils t’en proposent 5. Dans 80% des cas, leur décision influe sur le match. Ils regardent et voient avant les autres. A côté de ça, ce sont des joueurs qui répondent toujours présents dans les grands rendez-vous, qui sont toujours là pour l’équipe. C’est ce qui caractérise les grands joueurs. Ils sont capables de faire la différence dans les moments importants. Ils savent identifier le besoin de l’équipe dans les moments clés.

 

Je vous laisse conclure…
Je vous remercie de me laisser l’opportunité de m’exprimer. Je pense que votre travail est important pour le futsal. L’information que vous transmettez permet à tout le monde de progresser en offrant une bonne image du futsal. Ca peut permettre d’attirer les télévisions, les journaux et de professionnaliser la discipline.

 

 

[1] Interview réalisé mercredi 21 Septembre, soit avant la 4ème journée de championnat. 

 

 

 

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