L'entretien : Romuald Bourgois, arbitre fédéral

 

Parce que les arbitres font également partie de l’aventure et de la famille Futsal, Futsal-info.fr laisse la parole à Romuald Bourgois, arbitre fédéral depuis 2003 officiant dans le championnat de France de Futsal. Ses premiers coups de sifflets dans l’univers Futsal sont donnés en 2000 au sein de la ligue Ile de France - Paris. Pour l’histoire, Romuald Bourgois est également employé à La Poste, où il est désormais Directeur Régional. Quelques temps après, La Poste devient le partenaire officiel de l’arbitrage.

 

 


« Un joueur peut rater une occasion nette de marquer… Un arbitre peut aussi se tromper »

 

 

La nouvelle saison reprend, quelles sont les grandes modifications au niveau des lois du jeu cette saison ?
Il y a surtout une modification qui simplifie les choses. Elle concerne la passe au gardien. Il n'y a plus de distinction entre la passe au gardien lorsque le ballon est en jeu ou lors d’un dégagement d’une sortie de but. Désormais, dans les deux cas, la règle est la même et le gardien ne peut plus rejouer la balle que si celle-ci a été touchée par un adversaire. Désormais, les gardiens savent que l'objectif est que le jeu aille plus vite.
La deuxième modification concerne le plein effet du ballon. Auparavant, après le gong plus aucun fait de jeu n'était pris en compte. Désormais, il faut attendre le plein effet du ballon. Par exemple, un joueur frappe au but et le gong retentit alors que le ballon est en l'air. Si le but est inscrit, il sera comptabilisé. C'est une règle qui s'inspire du basket et qui vaut pour la fin d’une mi-temps ou de la rencontre.
Pour le reste, les lois du jeu sont similaires.

 

En tant qu’arbitre, comment préparez-vous une nouvelle saison ?
Nous avons un rassemblement en mai qui permet de préparer physiquement les arbitres. À côté de ça, c'est une préparation personnelle. De mon côté, je cours deux à trois fois par semaine et je suis inscrit à une salle de sports ce qui me permet d'alterner les entraînements. Le break est relativement court, je ne m’arrête que pendant mes vacances en juillet pour être prêt dès la reprise sachant que je suis également arbitre de DH en foot à 11 et que nous reprenons début août.

 

Comme vous, la plupart des arbitres cumulent-t-ils les deux disciplines ?
Effectivement, la plupart ont la double casquette. Cependant, nous avons déjà des arbitres qui se sont spécifiés parmi les fédéraux. Je pense notamment à Jérôme NGuyen de la ligue Île-de-France Paris (photo du bas - à gauche), à Christophe Paitreault, arbitre international, ou à Fréderic Hostains. Et il ne faut pas se le cacher, avec l'arrivée de la poule unique en 2013-2014, il faudra vraiment faire un choix entre le futsal et le football. Cette année, notamment avec la poule à 13 équipes, nous n'avons aucun samedi creux. Ça devient compliqué et le choix s'impose. La DNA a d’ailleurs demandé aux arbitres qui avaient une double casquette fédérale (en Futsal et en Football) de choisir. Il n’est plus possible d’officier dans les 2 catégories sachant que les rencontres du championnat de France Futsal ont lieu le samedi.

 

Combien de temps pensez-vous encore officier dans le championnat ?
Pour moi le choix est facile puisque je terminerai cette saison ma carrière fédérale d'arbitre futsal. J'aurai en effet 45 ans dans quelques mois et comme tous les arbitres fédéraux, le rideau tombera. J'en profite d'ailleurs pour associer mon ami et collègue Pascal FRITZ qui terminera également en juin prochain, pour les mêmes raisons d'âge. Pascal a réalisé une carrière internationale magnifique et c'est un honneur et une joie d'arrêter l'aventure ensemble... Nous verrons ensuite comment chacun, à notre niveau, rendre ce que l'arbitrage nous a apporté mais il est certain que je souhaite personnellement m'investir dans le développement de l'arbitrage futsal.

Selon vous, quelles doivent-être les qualités d’un arbitre de futsal ?
L'arbitrage futsal est d'abord très différent de l'arbitrage football à 11. Plus qu'à 11, l'arbitre futsal doit avoir des qualités humaines, relationnelles. Nous évoluons dans un contexte fermé, donc, par nature, nous sommes un peu plus sous pression qu'en plein air. Qui plus est, les équipes de futsal sont, pour la plupart, des équipes issues de banlieues. Donc, si tu ne viens qu'avec ton règlement en mains, ça peut devenir compliqué. Il faut faire preuve de psychologie, expliquer. Ensuite, être reconnu comme arbitre expérimenté, offre une certaine légitimité auprès des joueurs mais il faut faire de la pédagogie, expliquer les choses… Physiquement, il faut travailler des aspects que nous travaillons peut-être un peu moins en football à 11. Je pense notamment au côté explosif.

 

 

"Désormais, la FIFA prône l'arbitre-athlète"

 

 

Combien y’a-t-il d’arbitres fédéraux cette saison ?
Aujourd'hui, il y a 22 arbitres fédéraux parmi lesquels quatre sont internationaux. L'objectif est d'atteindre un groupe de 30 avant l'arrivée du championnat professionnel pour palier aux blessures, aux absences…

 

Chaque année, au mois de Mai, à l’image de la sélection Française, les arbitres sont réunis à Clairefontaine, quel est le but de ce rassemblement ?
Il permet de préparer les arbitres physiquement, de réviser les lois du jeu avec l’appui de la vidéo, de discuter. Ce rassemblement permet également de recruter les futurs arbitres fédéraux. Il y a donc des tests physiques, d’Anglais, important pour les carrières internationales. Nous en avons discuté, il est vrai que ce rassemblement n'est peut-être pas placé au meilleur moment. Jean-Louis Rideau, le responsable de l’arbitrage football diversifié-Futsal-Beach Soccer, réfléchit à le rapprocher de la reprise du championnat.

 

Les exigences sont de plus en plus importantes notamment au niveau physique.
Complètement ! Chaque année, les exigences augmentent et la difficulté accrue. Aujourd'hui, la DNA souhaite que les arbitres soient nommés de plus en plus jeunes pour qu’ils puissent effectuer de plus longues et plus riches carrières internationales. De manière évidente, l'arbitrage de demain sera plus axé sur le physique. Les arbitres peu athlétiques avec des formes, tout ça va se terminer. La saison prochaine, les arbitres fédéraux Futsal pourraient, au même titre que les arbitres fédéraux à 11 être soumis à un bilan physiologique personnalisé avec prise de poids, masse graisseuse. Il y aurait un vrai suivi annuel. Tous ces changements sont du fait de la politique de la DNA. Après, et ils en ont conscience, il faut garder à l'esprit que les arbitres futsal sont encore des arbitres amateurs qui occupent un travail. Ce n'est pas toujours simple.

 

Cette politique de la DNA est influencée par la politique de la FIFA.
Tout à fait. D'ailleurs, la politique de la FIFA a évolué. Auparavant, elle cherchait avant tout des arbitres pédagogues. Désormais, elle prône l'arbitre-athlète avec un corps d'athlète.

 

Quelle est la nature des rapports entre les arbitres et les autres acteurs du futsal Français ?
Je pense que les rapports sont bons voire très bons. Je suis intervenu la semaine dernière à Clairefontaine lors du rassemblement des clubs. Il y a un vrai dialogue. Vous savez, nous avons presque tous démarrés au même moment. Nous nous connaissons, nous sommes au fait des difficultés qu'ils peuvent rencontrer à développer leur club. Ils ont également conscience des difficultés que nous avons pu rencontrer au départ pour arbitrer les matchs dans des contextes qui n'étaient pas simples. Tout cela, ajouté au fait que nous ne sommes pas encore très nombreux, permet d'entretenir une bonne communication. Par exemple, samedi, après le match que j'ai arbitré à Lyon, nous avons pu discuter avec les dirigeants sur des faits de jeu. Il y a eu un vrai échange, dans le respect.


Vous avez arbitré la dernière finale du championnat de France de Futsal aux côtés de Cédric Pelissier (photo du milieu - à droite), sur le terrain, de Samir Chennine, assistant et de Jérôme NGuyen, à la table de marque. Dans une finale aussi intensive, quelle est la difficulté pour l'arbitre où la pression doit être plus importante ?
Effectivement, la pression est un peu plus importante. Il y a une qualification en coupe UEFA et un titre de champion de France au bout. Nous avons préparé cette rencontre à quatre avant le coup d'envoi sans se mettre de pression excessive. Dans un match, nous commettons toujours des erreurs. Il y a bien évidemment des choses sur lesquelles nous pouvons discuter. Il y a d’ailleurs eu un échange avec les clubs. Nous avons pu revoir le match après coup et je pense que les décisions prises n’ont pas influencé le résultat final.

 

Vous parliez de préparation est-ce qu’une finale se prépare différemment d’un match de championnat ?
Pas vraiment. Disons que nous avons surtout peaufiné les détails. Notre manière d'arbitrer ne change pas que ce soit la finale ou un match de championnat sans enjeu. En revanche, nous faisons en sorte d’arriver plus tôt, nous soignons notre présentation, l'idée est de montrer aux acteurs que si ce match est important pour eux, il l’est également pour nous.

 

Avant d’entrer dans une rencontre, quels sont les mots que vous échangez avec vos partenaires ?
En général, nous nous échangeons les consignes. Nous sommes à deux sur le terrain, l'idée est de déterminer les zones de responsabilité. On se met d'accord sur la manière dont nous allons fonctionner. On parle également de nos signaux afin qu'il n'y ait pas de problèmes de communication durant le match. Il faut huiler la machine et faire attention à ne pas ajouter d'imprécisions dans notre gestuelle. Après, il y a évidemment des affinités. Lorsque j'arbitre un match avec Cédric Pélissier ou Jérôme NGuyen que je connais depuis de nombreuses années et avec lesquels j’ai arbitré de nombreuses rencontres, la compréhension est tout de suite plus facile. En plus d’être des collègues, ce sont aussi des amis.

 

Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux clubs et joueurs du championnat, notamment face à la critique ?
Le message peut être double. La première chose est d'accepter le fait que nous puissions nous tromper même lorsque ça peut faire très mal. Un arbitre, c'est comme un joueur. C'est un être humain. Un joueur peut rater une frappe, il peut rater une occasion nette de marquer… Un arbitre, c'est pareil. Ne pas voir ce que beaucoup ont vu est regrettable mais ça peut arriver ponctuellement.
Le deuxième point est de favoriser l'échange. Les clubs ne doivent pas hésiter à communiquer avec les arbitres. Il ne faut pas penser que l'arbitre est d’une autre famille. Nous appartenons au même titre à la famille du futsal. S'il y a besoin d'un éclaircissement, on peut nous le demander. Après, il faut aussi choisir le moment. Pendant le match ce n'est bien sûr pas l'idéal. Avant, à la mi-temps, après le match, c'est déjà plus simple. En tout cas, il faut savoir que tous les arbitres sont très contents de pouvoir discuter avec les clubs à partir du moment où ça se fait dans le respect. Je pense que le message est bien passé à Clairefontaine.

 

 

 

 

 

 

Réagissez à cet article :
Votre pseudo * :
Votre adresse email * :
Votre réaction * :
Pour éviter les abus et envoyer votre demande, merci de recopier dans le champ de saisie le code à sa gauche.
 

 

 

Amateur de Futsal - le 08/09/2011 à 19h51

 

Je pense que Romuald est le meilleur arbitre Futsal en France. En effet; il fait preuve de beaucoup de pédagogie et est très facile d'accès. Son ancienneté et son expérience lui donne une certaine légitimité à officier sur les parquets français. Lorsqu'il prendra sa retraite en fin de saison, ses services seront très utiles aux grandes instances du Futsal et permettrons d'améliorer l'arbitrage.

^^