L'entretien : Stéphane Basson, capitaine de l'équipe de France de Futsal

 

De retour de Macédoine, Stéphane Basson, le capitaine de l’équipe de France, a répondu à quelques questions pour futsal-info.fr. Le joueur d’Andrézieux-Bouthéon qui a débuté sa carrière internationale, il y a 12 ans, face au Portugal, fêtait sa 100ème sélection lors du troisième match face à la Macédoine. Capitaine depuis 7 saisons, il est un des acteurs privilégiés de l’évolution de la sélection nationale et propose aujourd’hui un discours optimiste et ambitieux.

 

 

«Aujourd’hui, nous jouons pour gagner»

 

 

Vous revenez avec la qualification en poche malgré la défaite. Quel sentiment prédomine après cette qualification ?
C'est une grande joie et une grande satisfaction. Ce sont les deuxièmes préliminaires que nous passons en six mois. Après la fin de saison dernière, nous prêtions logiquement de vrais progrès à l'équipe de France. Forcément, nous étions attendus pour ce tour là.

 

C’était un groupe difficile, comment avez-vous vécu ces trois rencontres ?
Effectivement, nous avions conscience d'être tombés dans un groupe difficile puisque nous n'avions jamais vaincu le Monténégro et la Macédoine. Et malgré notre double victoire la saison dernière face à la Suisse, nous avions correctement préparé ce premier match. Nous avions à cœur de bien démarrer cette compétition. Lors de cette rencontre, nous n'encaissons pas de buts et en plus, nous avons su concrétiser nos actions. Nous avons été sérieux et cela nous a mis en confiance parce qu’ensuite nous savions que le deuxième match était déjà décisif. Face à une équipe du Monténégro que nous n'avions jamais vaincu, la motivation était décuplée. Nous sommes menés deux fois, nous avons fait preuve de beaucoup de caractère. Pour le dernier match, nous savions que nos deux premiers résultats nous mettaient dans de bonnes conditions. L'objectif était de réaliser une belle performance face à un adversaire de très bon niveau, favori, devant un public hostile puisque chaque fois que nous avions le ballon nous étions sifflés. Un environnement autour duquel peu de joueurs étaient habitués à évoluer. Ce match nous a permis d'emmagasiner énormément d'expérience, surtout chez les nouveaux. Un match nul aurait été équitable vu la performance des deux équipes. On perd sur un coup du sort. Nous jouons à quatre contre cinq pendant deux minutes. La performance est de ne pas avoir encaissé de but pendant ces deux minutes. La Macédoine est composée de joueurs professionnels. Nous avons d'ailleurs une occasion de marquer. Ensuite, nous encaissons un but et à 1-2, nous tentons le tout pour le tout en évoluant avec cinq joueurs de champ. Forcément, nous nous exposons. Il y a énormément d'enseignements à tirer de ce match. Finalement, malgré la défaite, il y a eu la joie de la qualification.

 

Ca n’a pas été facile, vous avez fait preuve de beaucoup de volonté et d’une grosse force de caractère. D’où vous vient cette envie ?
Tout d'abord, il faut savoir que ce groupe vit de manière très saine. Ensuite, nous avons un encadrement de très bon niveau. Chacun dans leur domaine, ils essaient de nous apporter un plus lors de chaque stage. Même au niveau médical, cette saison, le suivi de joueurs est plus poussé. Du coup, le staff à une meilleure connaissance du profil de chaque joueur. Le coach peut affiner ses choix dans la rotation des joueurs. Et puis il y a la qualification de janvier dernier et la prestation en Azerbaïdjan, tout ceci nous permet de gagner de la confiance. Aujourd'hui, nous ne nous déplaçons pas en compétition internationale pour faire le mieux possible. Nous y allons avec l'ambition de faire des résultats. Nous jouons pour gagner.

 

L’équipe de France démontre des progrès constants. Selon vous, à quel niveau ces progrès sont-ils les plus marquants ?
On voit des joueurs plus spécifiques, notamment grâce au lancement du championnat de France. Aujourd'hui, près de 90 % de l'effectif de l'équipe de France ne fait plus que du futsal et s'entraîne plusieurs fois par semaine. Forcément, la réflexion tactique devient futsal. Du coup, lors des regroupements, il n’y a plus ce travail de fond, lié à la spécificité, à réaliser. Nous prenons du temps à travailler les automatismes, les affinités entre joueurs. Nous travaillons sur des détails qui permettent au groupe de progresser.

 

Il semble se dégager un lien fort entre les joueurs et le staff. Tous ces moments, c’est une aventure humaine forte.
Bien sûr, c'est en partie grâce aux nouveaux moyens que l'on nous donne. Aujourd'hui, nous nous réunissons beaucoup plus souvent. Se réunir trois jours avant de partir pour une compétition comme celle-ci permet de travailler en amont, de créer une ambiance de groupe. Pour être performant sur le terrain, il faut que nous vivions bien en dehors. Nous avons la chance d'avoir un staff qui est très proche des joueurs et qui nous met dans les meilleures conditions. Il nous donne un cadre mais sait rester souple. Les joueurs respectent ce cadre mais conservent une liberté d'expression. Et puis, il y a un bon amalgame entre les anciens et les nouveaux. Cette bonne osmose fait que nous revenons de Macédoine avec une qualification.

 

 

«Oui, nous avons l'ambition de faire un résultat au Portugal»
 
Vous fêtiez également votre centième sélection. Quel est le souvenir le plus marquant de cette longue carrière en bleue ?

Il est difficile de dégager LE souvenir le plus marquant. Ce qui me marque surtout c'est l'évolution de cette équipe. Quand je suis arrivé, l'équipe essuyait des revers importants. Aujourd'hui, j'évolue dans une équipe devenue compétitive et je peux voir tout le chemin parcouru. Évidemment, il y a des événements plus marquants que d'autres.
La première victoire de l'équipe de France en France a eu lieu chez moi, à Andrézieux-Bouthéon. Nous avions battu la Lituanie à l'époque… Peut-être un petit clin d'œil [1]. Forcément, c'est un moment à part. Porter le maillot de l'équipe de France, chanter la Marseillaise chez moi devant ma famille, dans ma ville, devant mon club…
Il y a également le premier tournoi à Bercy. Pour la promotion du futsal, ce fut un événement très important. Aussi pour des joueurs amateurs, le fait de jouer devant autant de monde, devant la télé, face à des pros et de montrer ce que nous savions faire, ça ne peut être que marquant. Les gens ont pu se rendre compte de ce qu'est véritablement l'équipe de France de futsal.
Il y a également les deux premiers tours qualificatifs en janvier dernier et la semaine dernière. Par rapport à tout ce que j'ai pu vivre les saisons précédentes et ce que nous vivons cette année, je sens que nous avons un groupe très fort. Cette semaine, nous étions quasiment au complet. Si le coach parvient à conserver ce groupe au Portugal alors nous irons là-bas avec de l'ambition.

Depuis sa création, l’équipe de France a utilisé 121 joueurs pour 120 rencontres disputées. Comment expliquez-vous votre longévité ?
Vous savez, lorsqu'on intègre un groupe comme celui de l'équipe de France, on sait que notre longévité dépendra d'abord de notre performance puis des résultats et également du staff… À chaque fois que je rejoins ce groupe, c'est pour donner le meilleur de moi-même avec pour idée de regagner ma place pour le rassemblement suivant. Il faut prendre les sélections les unes après les autres, sans se projeter, en tentant d'être le plus performant possible. Il y a également un lien fort qui s'est créé avec le staff. J'ai connu Pierre Jacky lorsqu'il était adjoint de James Doyen. Un sélectionneur a besoin de s'appuyer sur des cadres. Il a sans doute senti qu'il pouvait compter sur moi. Les premières années ont été difficiles. Il y avait deux solutions, soit nous nous laissions atteindre par nos nombreuses défaites et nous baissions la tête, soit nous décidions de faire face et de tirer le groupe vers le haut. Pour ma part, j’ai toujours conservé un esprit positif. J'ai toujours rendu la confiance que le coach m'accordait. Quand on vous donne la chance de porter le maillot d'une équipe de France, d’évoluer au plus haut niveau dans une discipline, il faut donner le meilleur, profiter de chaque instant. Car à un moment, tout s'arrêtera. Il faut aussi ajouter que j’ai eu la chance de ne pas être soumis aux blessures.

 

Quel est le rôle d’un capitaine d’une sélection ?
Le capitaine est le lien entre le groupe et le staff. Il doit veiller à conserver un bon esprit de groupe en dehors du terrain. Sur le terrain, il faut être exemplaire dans la victoire comme dans la défaite. Ceci dit, je ne suis pas le seul relais dans ce groupe. Il y a plusieurs cadres tels Moustapha Otmani, Djamel Haroun. Il faut fédérer ces cadres pour pouvoir bien accueillir les nouveaux, par exemple, qui sont nombreux chaque année. Il est important de faire passer des messages, d’expliquer les règles de conduite quand on porte l'équipement de l'équipe de France. On représente notre pays. Il faut veiller à ce que les jeunes joueurs entrent dans le fonctionnement du groupe.

 

«Le travail de l'ombre de tous les clubs, dirigeants, entraîneurs, joueurs fait que cette équipe de France est aujourd'hui performante»

 

Dans un mois et demi, vous participerez au second tour du Mondial 2012, un groupe également très difficile, quel sera l’objectif ?
Il faut être ambitieux. Nous sommes dans un groupe de 4, nous savons qu'il y a deux places qualificatives. Le Portugal est le grandissime favori. Nous avons affronté la Slovaquie la saison dernière pour une défaite et un match nul [2]. La Lituanie, nous avons perdu mais nous les avons également battus. Aujourd'hui, nous sommes en droit de postuler à l'une de ces deux premières places. Oui, nous avons l'ambition de faire un résultat là-bas. Nous serions ainsi la première équipe de France a passé un tour qualificatif. Comme nous le faisons habituellement, nous allons préparer ces matchs les uns après les autres. Nous n'allons faire aucun calcul. Ce n'est pas dans notre philosophie. Nous avons la chance d'avoir un staff qui se plie en 4 pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions. Cette osmose nous permet d’être sur la même longueur d’onde le jour du match. Nous n’avons tous qu'un seul objectif. Ce n'est pas forcément descriptif par des mots mais l'émotion qui est ressortie de notre dernière qualification est très forte. Rien que d'en parler, ça fait frissonner. En face de nous, il y a des professionnels, nous ne sommes que des amateurs. On peut voir toutes les marches que nous pouvons encore franchir. Grâce à nos derniers résultats, le futsal français est en train de prendre du crédit sur le gotha international.

 

On parle beaucoup des progrès de l’équipe de France grâce notamment au championnat de France qui a permis aux joueurs de franchir un palier. Mais, il y a également les progrès que réalisent Pierre Jacky dans son rôle de sélectionneur et d’entraineur.
C'est la face cachée du groupe. Le coach bosse énormément. La préparation des matchs, les causeries, tout ceci est extrêmement travaillé. Il y a un travail de fond qui est extraordinaire. Ca, les gens ne le savent pas. L'implication est totale de la part de tout le staff. Claude Esposito, l'entraîneur des gardiens, filme tous nos matchs et réalise des montages. Le staff médical fait un suivi pendant mais aussi en dehors des regroupements pour un suivi individualisé des joueurs. Tous les membres du staff mettent la main à la pâte. Ils font plus que la seule mission qui leur est initialement confiée.

 

Votre club Andrézieux-Bouthéon n’est pas passé loin d’une participation en championnat de France la saison dernière. La montée est votre objectif cette année ?
Ça fait deux ans de suite que nous terminons à la deuxième place du championnat Rhône-Alpes. Ce fut une déception de ne pas pouvoir monter la saison dernière. Nous sommes tombés sur un adversaire, Pont de Claix, qui a mérité sa place en championnat de France en réalisant une très belle saison. Cette année, nous avons connu de nombreux arrêts qui nous ont obligés de renouveler l'effectif. Le futsal est un jeu qui se doit d'être compris et assimilé. Nous sommes donc obligés de repartir sur un travail de fond. Cette année, les débuts ont été un peu plus difficiles [3] mais nous allons essayer de figurer au mieux et de postuler pour la montée. Notre volonté est de voir le championnat de la Loire, notre département, se développer. C'est un peu aussi le rôle des joueurs de l'équipe de France.

Ce serait un regret de mettre un terme à votre carrière de joueur sans avoir évolué au sein du championnat de France ?
Forcément. Mais j'arrive en fin de carrière et le championnat de France n'a que deux ans. J'ai fait le choix de rester fidèle au club d'Andrézieux. C'est ma 13ème saison au sein du club. C'était important pour moi de créer l'équipe de futsal au sein de ce club. Quand je me retourne sur ma carrière, je suis très content de tout ce que j'ai pu vivre. Je ne peux que remercier tous les entraîneurs qui m'ont fait confiance. À mon âge, je prends les matchs les uns après les autres et je savoure.

 

Vous fixez-vous une limite dans votre carrière de joueur ?
Non. Tant que le sélectionneur estimera que je peux continuer, je continuerai. Maintenant, ce qui est également important c'est d'être vigilant à ne pas faire l'année de trop. Il faut être certains de pouvoir faire les efforts, de faire tous ces sacrifices. Nous avons tous une activité professionnelle et une famille. L'équipe de France demande donc des sacrifices sur le plan familial, professionnel… Nous avons de bonnes relations avec le sélectionneur qui nous permettent de jouer franc jeu. Le jour où j'arrêterai, la décision aura été mûrement réfléchie. Aujourd'hui, je n'ai que du positif en tête. C'est là-dessus que j'ai envie de terminer. Pour le moment, je me concentre sur les résultats de l'équipe de France. Je me prépare en vue du prochain défi au Portugal.

 

Avez-vous une idée de la reconversion que vous souhaiteriez ?
Aujourd'hui, je suis toujours dans l'esprit d'un joueur. J'ai 12 ans d'expérience et je souhaite en faire profiter l'équipe de France et mon club. C'est vrai que j'ai mes diplômes d'entraîneur mais il sera temps d'y penser plus tard. Il faut faire attention à ne pas tout mélanger. C'est en mélangeant que nous ne sommes plus performants ni d'un côté ni de l'autre. Je suis concentré sur l'objectif Portugais et je n'ai pas envie de me disperser.

 

Je vous laisse conclure.
Nous avons eu beaucoup de témoignages suite à notre qualification. J'espère que le futsal français va continuer d'avancer car nous sommes dans une phase positive. Le travail de l'ombre de tous les clubs, dirigeants, entraîneurs, joueurs fait que cette équipe de France est aujourd'hui performante. Il faut savoir remercier tous ces gens qui travaillent. L'équipe de France est la locomotive. C'est la face visible de l'iceberg mais tout ce qui est dans l’ombre, c’est ce qui permet d’avancer. Il faut rendre hommage à tous les gens qui travaillent pour le développement du futsal.

 

 

 

[1] L’équipe de France retrouve la Lituanie pour le deuxième tour du mondial 2012 au Portugal
[2] Une double confrontation amicale avait opposé la France à la Slovaquie en mai 2010. Lors du premier match, la France s’était inclinée (6-10) mais avait obtenu le match nul lors de la seconde manche (3-3).
[3] 1 victoire et une défaite, Andrézieux-Bouthéon occupe la 10ème place du classement mais compte deux matchs en retard.