Gerardo Rosa, entretien

 

 

Gerardo Rosa a connu les débuts du futsal au Portugal, il a participé à la construction de la discipline dans son pays natal. Après avoir travaillé aux cotés des plus grands, il a consolidé son expérience à l’étranger. Entretien.

« LE FUTSAL : magnifique quand on le joue et beau quand on le regarde »

 

Pouvez-vous nous raconter votre arrivée dans le futsal ?

J’ai commencé au début des années 80, ça ne s’appelait pas Futsal, les règles étaient différentes mais l’esprit restait le même. Ma première expérience a été scolaire lors de cours d’EPS puis lors de tournois d’été. La discipline faisait alors ces premiers pas au Portugal.

 

Quel est votre palmarès ?

Les premières équipes que j’ai coaché étaient toutes très jeunes. Ma carrière d’entraineur a commencé en 1989. J’ai très rapidement remporté de nombreux titres régionaux et nationaux au Portugal avec les U19 du Sporting Club Portugal. Je suis alors monté en équipe première et j’ai pu travailler avec des gens fantastiques comme Orlando Duarte, qui fut sélectionneur Portugais. J’ai été champion du Portugal avec le Sporting puis le Benfica SL, les deux plus gros clubs Portugais. J’ai aussi eu le plaisir de travailler avec des grandes équipes et de remporter d’autres nombreux titres comme le championnat Hongrois. J’ai également travaillé dans des pays tels que l’Espagne, l’Italie et la Roumanie.

 

Vous êtes dans le futsal depuis de longues années. Que pensez-vous de son évolution ?

C’est une évolution linéaire. Au travers des années, le futsal a grandi mais il devrait y avoir une stratégie globale pour mettre ce sport au niveau des plus grands comme le football, le handball ou le basketball. Dans un sens, le futsal est encore vu comme le petit frère du football et n’a pas l’attention qu’il mérite. Je ne connais aucun sport avec un style aussi magique, où les connaissances techniques sont aussi importantes et où l’émotion est présente jusqu’à la dernière seconde du match. Mais je pense que lorsque toutes les grandes nations, telles que la France connaitront le futsal un peu mieux et le pratiqueront massivement, le futsal sera considéré par les fédérations nationales comme un sport important, magnifique quand on le joue et beau quand on le regarde.

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le futsal Portugais ?

La fédération Portugaise de football gère les trois premières divisions. Puis, il y a les championnats régionaux, eux gérés par les régions. Il peut y avoir jusqu’à 4 divisions. C’est la preuve que le futsal est une passion au Portugal. Je ne connais pas d’autres pays avec 7 divisions. Le Portugal a connu une énorme évolution dans la dernière décennie et la récente deuxième place aux championnats d’Europe des nations en est la résultante. Tous les villages ont leur équipe de futsal, ce qui augmente le niveau de la compétition. Désormais, on peut assister à de très beaux matchs pas seulement en 1ère division, où les équipes sont professionnelles, mais aussi en 3ème division ou en divisions régionales. C’est un sport vraiment démocratisé avec des salles remplies de supporters.

 

Vous connaissez très bien le futsal Portugais. Pouvez vous nous expliquer comment il a été construit ? Quelles ont été les différentes étapes ?

Au début, nous étions juste une bande de fans de futsal, nous travaillions ensemble à la construction des premiers championnats, la plupart des matchs se jouant en extérieur. Il n’y avait pas de réelles connaissances sur les spécificités de ce sport. La pratique ne s’étendait que sur deux villes majeures : Oporto et Lisbonne. Puis la fédération Portugaise de Football a montré un intérêt et nous a aidé à développer le futsal. Ca a été un coup de pouce énorme, avec des diffusions télés sur les chaînes nationales. Les grands clubs de football ont également joué le jeu en créant leur propre équipe.

 

Dans cette évolution, de votre point de vue, y'a t'il eu des erreurs ?

Je pense qu’il aurait fallu mettre en place un vrai plan de développement du futsal. S’il y avait plus d’harmonie, si tout le monde travaillait pour le même but, celui de sortir des joueurs avec un certain profil pour servir l’équipe nationale, alors avec la technique et les connaissances tactiques de nos joueurs, nous aurions déjà gagné un championnat du monde et nous n’en serions pas à notre premier titre européen des clubs. Je pense également que cette politique doit être suivie par le gouvernement alors, je crois vraiment que le Portugal pourrait être la meilleure nation du monde. Nous avons les connaissances techniques du Brésil et la culture tactique des sports Européens.

 

Quel type d’entraineur êtes-vous ?

Avant toutes choses, je me défini comme un entraineur organisé et respectueux. Je ne me cache pas. Je demande le maximum à mes joueurs, pour cela, je me dois d’être très méthodique et également respectueux envers eux. J’aime les joueurs intelligents. Ca me pousse à travailler encore plus dur car les joueurs intelligents posent des questions intelligentes et en étant suffisamment sage et à l’écoute, vous trouvez de très bonnes opportunités pour évoluer, pas seulement grâce aux questions mais parce que la plupart du temps, vous passez votre temps à penser à la réponse. J’ai beaucoup progressé, je suis un bien meilleur coach qu’il y a 20 ans, et je transmets ces connaissances à tous les joueurs, entraineurs et présidents avec lesquels j’ai travaillé ou que j'ai affronté. Mais je poursuis aussi une logique d’apprentissage constante.

 

Selon vous, quelles sont les qualités que doit montrer un bon joueur de futsal ?

Le joueur de futsal doit savoir évoluer techniquement, doit connaitre tous les rôles possibles dans le jeu. Attention, le joueur ne doit pas être qu’un robot, il doit être intelligent, capable de décider sur une période très courte de la meilleure option. Le joueur de futsal doit également être solidaire, fort psychologiquement, communicatif et bien évidemment avoir une bonne condition physique. Ce sont en tous les cas, les qualités que je cherche à faire ressortir de mes joueurs.

 

Quel est votre plus grand souvenir en Futsal ?

Tous les matchs, toutes les victoires et défaites me rendent plus fort et me donnent de grandes émotions. Mais si je devais choisir je dirais que le titre de Champion de Hongrie avait une saveur particulière en tant que premier titre à l’étranger.

 

FUTSAL - Gerardo Rosa fêté lors de sa victoire en Hongrie

Que pouvez-vous nous dire sur le futsal Français ?

Je pense que le futsal évolue plutôt positivement en France. De plus en plus de gens découvrent la discipline et souhaitent la pratiquer. Ce n’est pas un travail facile pour les clubs et l’équipe Nationale d’atteindre le niveau qui pourra les amener au top niveau européen mais s’ils persistent, je prédis réellement un bel avenir au futsal Français.

 

De votre point de vue, pourquoi la France accuse autant de retard sur le futsal Portugais ?

Le Futsal est une discipline naissante en France. Tout comme elle l’était au Portugal il y a une vingtaine d’années. La France est un pays avec une culture sportive plus large que le Portugal avec des équipes performantes pas seulement en Football mais aussi en Handball, rugby ou basketball. Je pense sincèrement que dans une dizaine d’année, en travaillant et en formant des entraineurs forts, vos joueurs atteindront un excellent niveau et seront capables d’être performants en compétitions internationales.

 

Selon vous, que manque t’il à la France pour atteindre ou approcher le niveau Portugais ?

La France a besoin de diffuser plus largement le futsal dans le pays. Plus vous avez de pratiquants, plus vous découvrirez de meilleurs joueurs. Naturellement, le niveau des compétitions augmentera et rapidement la France sera proche des meilleurs. Il n’y a pas de secret, seulement de la passion et de la croyance.

 

Avez-vous suivi le championnat de France de Futsal ?

Je n’ai pas eu l’opportunité de suivre le championnat de manière régulière. Mais je reste à l’écoute des résultats. Je connais quelques équipes historiques comme Roubaix Futsal, mais aussi les clubs tels que Paris Sporting, Garges Djibson, Cannes, Issy et bien sur le champion KB United.

 

Peut-on vous imaginer un jour diriger une équipe Française ?

Bien sur, c’est une possibilité. Ca dépendra du projet proposé par le club ou la fédération. Je ne suis pas un mercenaire, je préfère travailler dans de bonnes conditions pour un projet cohérent que dans un grand club sans un bon environnement de travail et où les conditions ne sont pas propres à apprendre. Le futsal en France est sans aucun doute un très beau challenge que je serais ravi d’aider dans son développement en partageant ma connaissance des 20 dernières années dans la discipline.

 

 

 

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