Djamel Haroun - l'entretien

 

 


 

Djamel Haroun, gardien de Roubaix et de l’équipe de France accepte de répondre aux questions de futsal-info.fr. Personnage important du paysage futsal  en France, nous découvrons un joueur sans secret, sans langue de bois. Il partage tout. Des difficultés rencontrées en club cette saison à son plaisir de porter le maillot tricolore, en passant par les play-offs et les 4 équipes encore en course.

 

 

"Quand on m’enlève le brassard de capitaine sans raison la veille d’un match alors que je le portais depuis 4 ans, c’est dur à accepter"

 

Djamel Haroun

Djamel, comment êtes-vous devenus joueur de Futsal ?

Comme beaucoup, j’ai débuté par le football. Après deux ans dans le centre de formation Lillois, j’ai fait le choix des études et je suis revenu défendre mes premières couleurs de Roubaix Hommelet.

Le futsal est venu alors que j’avais 20 ans en assistant à un match de l’équipe de Roubaix dans laquelle évoluait David Morand (gardien numéro 1 en Belgique). Je l’avais trouvé énorme et j’ai tout de suite été convaincu du rôle majeur que joue le gardien dans une équipe de futsal. J’ai donc demandé à intégrer l’effectif et je suis parti avec l’équipe faire un essai dans un match contre Valenciennes, j’ai convaincu et l’aventure a démarré.

 

« La non qualification de Roubaix pour les play-off était prévisible… Au final, 3ème c’est même plutôt pas mal. »

 

Que faites vous dans la vie ?

En parallèle du football, j’ai obtenu mon diplôme STAPS à 21 ans et j’ai été embauché par mon club : Roubaix Hommelet. J’étais en charge d’une classe horaire aménagée, j’initiais le foot dans des écoles. Ce contrat s’est terminé en décembre 2008.

En septembre 2009, j’ai intégré le district de Flandres pour m’occuper du foot de quartier et développer le futsal dans la région. On tente de mettre en place énormément de choses comme des challenges présentés sur le site du district Flandres. L’action est satisfaisante car beaucoup de clubs adhèrent au projet.

 

Peut on considérer la non qualification de Roubaix en Play-offs comme un échec ?

Pas autant que beaucoup de gens le croient. Cet échec était largement prévisible. Pendant que certaines équipes s’amélioraient nous perdions des joueurs qui n’étaient pas remplacés notamment Mounir Krouf, Pierre Scurbercq, Zoher Hajdoudou, Olivier Saborit, 4 cadres. Nous avons récupéré Farid Lakdhar-Chaouche et Abdelilah El Bassahi mais ca n’a pas suffit, ce sont d’excellents joueurs mais nous pouvions aussi recruter José Debaros ou Samir Boussadia, c'est dommage car ensuite on doit rivaliser avec des équipes comme le Sporting qui recrutent des Brésiliens ou  les deux clubs de Garges qui fusionnent. Au final, 3ème c’est plutôt pas mal par rapport à nos moyens.

C'est sur que nous sommes déçus surtout que ca ne s’est joué qu’à un match mais Garges a mérité sa qualification au vue de sa saison et de sa détermination. Il nous a manqué un peu d’expérience et de rage, l’objectif c’était les play-offs.

D’un point de vue personnel, j’ai aussi du me faire opérer du ménisque et je loupe 6 matchs. Heureusement, que nous avons Farid Lakdhar-Chaouche, meilleur buteur de l’équipe qui fait une très grosse saison et Nordine Benamrouche qui fait du gros boulot. Avec du recul, le coach a dû être solide même si tout le monde peut faire des erreurs. En fin de saison dernière, il ne se sentait plus capable de continuer et a pensé à stopper mais on l’a poussé à rester et je pense que ça a pesé dans sa décision. C’est bien.

Vous évoquez le manque d'expérience lors du match perdu face à Garges, pourtant cette équipe est plus jeune ?

Mais Garges n’est pas plus jeune. Ils jouent depuis plus de 5 ans ensemble, ils se connaissent. De notre coté, la fusion entre les deux clubs de Roubaix a mal pris au démarrage plus la pression des résultats, heureusement, l'équipe finit souder mais en cours de saison, ce n’était pas forcément évident. Moi le premier j’ai connu un début de saison difficile. Quand on m’enlève le brassard de capitaine sans raison la veille d’un match alors que je le portais depuis 4 ans, c’est dur à accepter. Donc je me suis mis à part, ca a vraiment été une grosse déception.

 

Quelles sont les leçons à tirer ?

Il faudra plus de communication entre les joueurs et le staff mais il faudra surtout du sang neuf, c’est la fin d’un cycle. Nous avons besoin de joueurs d’expérience qui viennent pour gagner le championnat, c’est ce qui nous a manqué cette année.

 

« J’ai un peu peur pour Roubaix. Soit on repart de l’avant et on fait très mal, soit on s’écroule complètement et on devra jouer la relégation »

 

A Roubaix, le futsal est populaire, avez-vous reçu des échos de votre parcours ?

Il y a un certains nombre de clubs partenaires de Roubaix Futsal, nous représentons l’image du Nord Pas de Calais. D’autant plus que nous avons brisé les frontières, aujourd’hui même des clubs comme Bastia nous soutiennent. Ce soutien arrive grâce à notre palmarès mais surtout parce qu’on respecte et sommes respectables, on essaie tous les jours de donner une bonne image. Grâce à Roubaix, toute l’Europe a parlé du futsal Français. Depuis, il y a une vraie ferveur derrière nous.

Certaines personnes nous posent des questions sur l’avenir, nous demandent de rester, de continuer à défendre ses couleurs. Ces gens sont importants, on a perdu beaucoup de supporters avec le départ des anciens.

 

Quel visage aura Roubaix la saison prochaine ?

Aucune idée précise mais j’ai peur pour ce club. Il y a deux solutions : on repart de l’avant et on fait très mal où on s’écroule complètement et on joue la relégation. Vous savez il y a des joueurs déçus parmi l’effectif et je ne parle pas que d’un point de vue sportif. Les cadres resteront mais uniquement si l’équipe est compétitive. Et je vous mentirais si je disais que le coté financier n’a aucune importance. Nous sommes sollicités par d’autres clubs Français.

Il faudra une équipe compétitive, si on se retrouve avec une équipe trop jeune, on jouera le maintien l’année prochaine.

 

Et d’un point de vue personnel, vous avez une idée précise ?

Roubaix, c’est le club de mon cœur mais je ne connais pas mon avenir, tout dépendra des décisions prises par les dirigeants. J’ai quelques sollicitations mais je suis très clubiste. J’aurais pu partir en début de saison et j’ai fait le choix de rester. Je vais rencontrer mes dirigeants très prochainement, ça sera surement houleux car je ne mâche pas mes mots mais j’attendrais mon entretien avant de prendre une décision définitive. On en reparlera en juin, à ce jour c’est du 50/50. Il y a des clubs qu’il est difficile de refuser.

 

Lesquels ?

C’est un secret. Mais je suis le gardien de l’équipe de France, j’aime ce poste et pour le garder, j’ai besoin de jouer dans une équipe de haut de tableau.

 

Justement parlons de l’équipe de France, quels sont vos objectifs personnels à ce niveau ?

J’ai intégré le groupe France en 2005 après une pré-selection. Je venais tout juste de gagner la coupe de France avec Roubaix en arrêtant le pénalty [1]. On me reparle souvent de cet arrêt mais ce sont les joueurs qui font un gros match ce jour là.

J’apprends donc que je suis pré-selectionné, j’étais vraiment heureux mais lorsque j’ai lu la sélection et que j’ai vu que j’étais retenu dans les 3, là ca a été un moment unique, j’étais comme un gamin. Jouer dans une sélection nationale comme la France, ca représente beaucoup de choses. J’aurai aussi pu jouer avec l’équipe Algérienne car je possède la double nationalité. Cela aurait été génial pour moi de représenter mes origines mais comme un certain proverbe le dit « 1er venu, 1er servi » et c’est avec FIERTE que je porte ces couleurs.

 

Quel regard portez-vous sur cette équipe de France ?

La sélection, c’est magnifique, on a un super staff, un staff médical qui fait également office de préparateur mental et puis il y a Pierre Jacky. Le sélectionneur donne tout, c’est un vrai technicien même s’il ne vient pas du futsal au départ, il a travaillé très dur, il est parti chercher l’info, il a progressé et aujourd’hui il n’a rien à envier à d’autres sélectionneurs étrangers. C’est une personne qui véhicule tellement de valeurs. C’est aussi un guerrier, un vrai meneur d’hommes. Il sait quand il faut gueuler, encourager, réconforter. Il est énorme, c’est une chance pour nous, il fait vraiment progresser cette équipe. Sans oublier les adjoints qui sont David Meresse et Franck Tricoche qui sont pour beaucoup dans l’évolution de la sélection car Franck dernier arrivé a permis à David de ne s’occuper que des joueurs. Quant à lui, il a pris en charge les gardiens. Tous cela a permis à notre sélectionneur de prendre un peu de recul sur l’équipe pour mieux analyser le jeu et les joueurs.

 

« L’équipe qui ouvrira le score contre le Sporting aura toutes ses chances ».

 

Comment s’est passée votre évolution au sein de ce groupe ?

Au début, j’étais 3ème gardien mais j’ai bossé et montré beaucoup d’envie. Aujourd’hui je suis numéro 1 et je peux vous dire que ca a été difficile. A ce niveau, la faute technique ne pardonne pas et comme tous ceux qui sont présents en sélection on vise tous la place de titulaire. Heureusement, entre les gardiens, l’ambiance est excellente. On se respecte, on s’entraide. Tous sont importants.

Aujourd’hui, on voit passer beaucoup de joueurs, le plus dur c’est la régularité. Avec 46 sélections, je suis considéré comme un ancien. L’année prochaine, je ne me consacre plus qu’au futsal. Les jeunes poussent, il y a de la concurrence. Et rien n’est acquis, à chaque fois, j’attends la sélection comme la première, tant que mon nom n’est pas sur le papier, je me dis que je pourrais ne pas y être. Mais si vous saviez la joie et fierté qui animent chacun de nous en sélection, je pense que la célébration de la nouvelle année dans le mode entier ne suffirait pas pour l’exprimer !!!

 

 

Djamel Haroun avec l'équipe de France
On connait les 4 qualifiés pour les play-offs lequel est votre favori ?

Je ne vais pas être très original en disant que le Sporting semble le grand favori. Cette équipe est un peu comme le Barça de 2009. Mais je miserai bien une pièce sur le Kremlin. C’est une super équipe, bonne techniquement et les mecs, ce sont des crèves la faim.

Garges aussi ils ont faim mais je pense qu’ils sont encore un peu jeune tactiquement.

Si le Kremlin se retrouve contre Paris en final et qu’ils ouvrent le score alors ils auront toutes leurs chances. L’équipe qui parviendra à mener contre le Sporting pourra vraiment réussir un coup.

Lorsqu’on les rencontre chez eux, on perd 7 à 1 mais c’est un score très sévère. Durant toute la 1ère mi-temps, ils ont défendu. Si l’équipe avait été au complet ce jour là, je pense que le score aurait pu être différent.

Que pensez-vous de l’état du championnat de France ? Comment le voyez-vous évoluer ?

C’est une question d’argent. La Poule A est trop forte par rapport à la Poule B. Ce constat est flagrant en Coupe de France où les demi-finalistes ne sont que des équipes de la Poule A.

Pour être dans les deux premiers de la Poule A, c’est chaud. Le dernier peut venir vous inquiéter, ce n’est pas le cas dans le groupe Sud.

Pour vraiment évoluer, il faudra tôt ou tard mélanger ces deux groupes. Mais je pense que la Fédé a pour but, à moyen terme, de créer ce fameux championnat à poule unique et je pense que cela sera un tournant dans l'histoire du Futsal Français.

La création d’une poule unique ne serait pas une idée idiote avec deux divisions nationales. Si rien ne se passe, ce seront toujours les mêmes sur le devant de la scène.

 

Je vous laisse conclure, avez-vous un message à faire passer ?

Depuis un certains match de coupe de France qui avait dégénéré, le futsal a une mauvaise image, c’est pourtant un malheureux évènement qui peut également arriver dans le football mais le football est encré alors que le futsal a besoin de s’installer.

Dans certains pays, le futsal est obligatoire, ca arrive en France où les centres de formation incluent une séance de futsal par semaine. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Ce qui est plaisant, c’est de voir des clubs comme Garges qui font des efforts au niveau comportement, on le voit sur le terrain. C’est une équipe respectable et c’est largement mieux dans les tribunes. Il faut que ca continu dans ce sens pour que le Futsal Français avance car l’image que l’on donne est très importante pour l’avenir de notre discipline.

 

 

[1] Roubaix remporte la coupe de France face à Issy après une séance de Tirs aux Buts (3-2 / 2-1 TAB)