Kamel Boufraine et Jaoad Assaid, l'entretien
Au lendemain de leur victoire en Championnat de France de Futsal 2010, Kamel Boufraine et Jaoad Assaid, à l’origine du club de Kremlin-Bicètre United, nous reçoivent à la Halle des sports de la ville lors d’une après-midi de présentation du trophée. Ils nous racontent l’évolution du club, leur victoire en championnat de France mais évoquent aussi les supporters, sujet plus épineux. Les deux compères sont prêts à défendre leur titre la saison prochaine. Au départ, le club ne devait pourtant pas participer à ce premier championnat de France mais à l'image d'une équipe qui ne lâche rien sur le terrain, KB United intégre la Poule B à la dernière minute en début de saison :
« On ne pouvait pas nous écarter comme ça ».
Présentez-nous Kremlin-Bicètre United et votre arrivée dans le futsal ?
Kamel Boufraine : A l’époque, on jouait au football en salle le mercredi et le vendredi soir en loisir. Et en 2002, je me suis dis qu’il fallait essayer d’institutionnaliser notre pratique et nous avons créé le club de Kremlin-Bicètre United.
Vous êtes dans le futsal depuis de nombreuses années. Que pensez-vous de son évolution ?
Jaoad Assaid : Ca avance doucement si l’on compare avec les autres pays d’Europe. On doit avoir 5 ou 6 ans de retard. Les fédérations et les ligues préfèrent que les choses avancent doucement mais surement. On a prouvé qu’en France, on pouvait tenir face à des Belges ou des Brésiliens donc c’est le moment de continuer les efforts.
KB : C’est ça, je pense qu’on avance surement. Il faut saluer le travail de la FFF et des ligues mais nous restons en retard et il faut vraiment que les institutions attachent de l’importance au futsal, ça passe par plus de moyens financiers. Aujourd’hui, l’investissement sur le futsal n’est pas assez conséquent. Si on prend le remboursement kilométrique, nous ne sommes même pas au niveau d’une CFA2 [1]. C’est donc impossible pour nous de rivaliser avec une compétition nationale de ce type.
« les gens ont tendance à oublier que nous sommes invaincus en championnat. »
Vous venez de devenir champion de France suite à une finale très serrée, comment avez-vous vécu ce match ?
AJ : C’était l’euphorie. Un grand moment, un aboutissement et une fierté de faire partie de Kremlin-Bicètre United. C’est vraiment une équipe d’amis. On se connait tous depuis 5 à 6 ans. Petit à petit, on est monté et on a réussi. Désormais on ne veut pas s’arrêter là. On a écrit notre nom dans l’histoire du futsal Français, maintenant, on veut l’écrire dans l’histoire du futsal Européen. Peut-être pas cette année mais bientôt.
KB : Moi je l’ai vraiment vécu comme un des très grands moments depuis la création du club. Beaucoup d’émotions. J’en ai eu les larmes aux yeux…
AJ : Non non, t’en a pleuré, pleuré…
Rires.
KB : J’en ai pleuré, c’est vrai. En 2006, on perdait contre Issy les Moulineaux aux pénalties en demi-finales, en 2008, toujours une défaite face à Roubaix 2 à 1 en finale de la coupe nationale et en 2010, on est sacré. On est content d’aller en coupe d’Europe.
Et la séance de penalties ?
AJ : La peur au ventre… La peur au ventre… Heureusement, qu’à chaque fois on marque en premier mais ils parvenaient à égaliser dans la foulée, les trois fois. C’était donc très stressant pour les joueurs, pour nous, pour le public.
KB : Ca a été avant tout un match tactique. En face de nous, il y avait une équipe vraiment très forte. Mais sans aucune prétention, les gens ont tendance à oublier que nous sommes invaincus en championnat. C’est vrai que le Sporting avec leur festival offensif a marqué beaucoup de buts, donc on parlait beaucoup d’eux et KB était outsider. Si à domicile nous avons pu gagner sur des gros scores, à l’extérieur c’était un peu plus difficile, on était très attendu. En déplacement, on ne se déplaçait pas forcément au complet.
Sur le match en lui-même, on mène trois fois au score. Théoriquement, quand on marque, on doit toujours presser. Mais avec l’euphorie, on était encore sous la joie du but et du coup le Sporting en a profité pour égaliser. Ensuite, pour les tirs aux buts, j’avais une grande confiance en Johan. Le mercredi, nous avions travaillé les penalties et il en avait sorti un paquet. Donc avant la séance, je me suis dit : il va le faire.
Qu’avez-vous dit à vos joueurs à la fin du match ?
AJ : Le mot que nous avons le plus entendu, c’est : Fier. Fier de ce qu’ils ont fait, fier de faire partie de ce club. C’est plus qu’un club, c’est vraiment une famille.
KB : C’est ça ! De la fierté. Nous étions vraiment heureux.
Comment avez-vous fêté votre titre ?
KB : Le samedi soir, nous avons mangé au restaurant et on a fumé quelques narguilés. C’était vraiment sympa et puis la vraie fête, c’est aujourd’hui. On se retrouve tous ensemble, autour de quelques grillades. Beaucoup de gens viennent nous féliciter et nous encourager pour la saison prochaine. Aujourd'hui, près de 120 personnes sont passées malgré les quelques gouttes de pluie.
Cette année, votre équipe de KB a survolé la Poule B puis gagne le Championnat, quels sont les ingrédients qui l’ont rendu aussi performante ?
KB : Dès que nous avons commencé le championnat, j’ai réuni tout le monde et je leur ai dit : Je veux être champion de France, je veux faire la coupe d’Europe. Ils étaient là lors des échecs de 2007 et 2008. Cette année, il fallait vraiment qu’on y aille. On a été repêché dans les dernières minutes. On a été jusqu'au CNOSF avec un avocat parce qu’au départ, ils ne voulaient pas nous prendre. Donc par rapport à tout ça, je leur ai dit et demandé de faire le maximum. Ensuite, les joueurs de KB évoluent ensemble depuis 4 ans, on a bénéficié de cette dynamique de groupe, on a fait un travail de formation. Il faut souligner que contrairement à certains clubs, nous ne sommes pas dans une politique de recrutement. On se soucie de la formation à l’image de clubs comme Garges, comme Vision Nova. En tant que formateur, l’objectif est d’aller chercher des compétences, faire sortir des talents.
« Aujourd'hui en France, le duo Philippe-Henri Armède/Henrique Marques est le meilleur. Je pense même qu’il faudra attendre plusieurs années avant de trouver mieux. »
Quand vous êtes repêchés à la dernière minute en début de saison, vous attendiez vous à ce sacre ?
KB : Par rapport à la réglementation votée le 14 mars 2009 à la LFA, le règlement était injuste. Ils ne voulaient pas prendre plus de 4 représentants par ligue. Il ne pouvait pas y avoir un 5ème club de Paris. Au challenge national, on finit deuxième après une saison complète, on ne perd qu’un seul match face au sporting alors qu’en championnat, on les avait battu deux fois. Puis, en DH idem, on ne perd qu’un match face à Issy les Moulineaux. On ne pouvait pas nous laisser de coté. Le futsal on connait et on avait les résultats : champion de DH, deuxième au challenge national en ne perdant qu’un seul match, des équipes classées 5ème allaient prendre notre place alors que nous sommes deuxième. Effectivement, il y avait déjà 4 clubs Parisiens mais bon à Londres, ils ont bien 6 ou 7 clubs en Premier league. Après, je suis d’accord, toute la France doit être représentée mais ne pas nous prendre aurait été injuste après notre saison donc nous avons pris un avocat et on a fait valoir nos droits devant le CNOSF, on ne pouvait pas nous écarter comme ça. En même temps, en poule B, un club ne se présentait pas donc nous avons intégré la poule sud.
En fin de saison, vous avez rencontré Henrique Marques et vous décidez de l’associé à Philippe-Henri Armède, comment ca s’est passé ?
KB : D’abord, je voudrais souligner le travail de Philippe. Sur deux saisons, il a un bilan excellent. Sur les deux dernières années, il ne perd que 4 matchs en tout. C’est un bilan excellent. Travailler avec Henrique Marques, c’était une demande de sa part dès le départ. Henrique avait lui joué plusieurs finales, il a apporté cette expérience. Donc Jaoad est revenu vers moi par rapport à cette demande. J’ai rencontré Henrique Marques, nous avons discuté et nous avons décidé de poursuivre l’aventure ensemble.
AJ : On ne regrette vraiment pas d’avoir intégré Henrique à cette équipe. Avec le caractère de nos joueurs, Philippe qui les connait et Henrique et son expérience, le mélange ne pouvait être que bon et je pense qu’aujourd’hui en France, c'est le meilleur. Je pense même qu’il faudra attendre plusieurs années avant de trouver mieux. Avec eux deux, on peut aller très loin et on va aller loin.
Et pour la saison prochaine, que pouvez vous encore améliorer ?
KB : Au niveau sportif, nous avons atteint notre objectif, en tous cas, on est bien dedans. Désormais, il faut être à l’image de nos résultats sportifs en coulisse et aujourd'hui, on doit travailler là-dessus : avoir un bureau structuré, avec une vraie recherche de sponsors, une politique de communication…
AJ : On voudrait aussi créer une école de futsal pour des jeunes de 6 à 12 ans.
Quels seront vos objectifs sportifs ?
KB : Notre objectif 1er la saison prochaine, c’est de conserver notre titre puis essayer de faire un beau parcours en coupe d’europe, en passant le tour préliminaire.
« L’année prochaine, les équipes n’attendront plus KB United mais le champion de France en titre. »
Vous allez recruter de nouveaux joueurs ? Quel est le profil que vous allez rechercher ?
KB : Je ne veux pas changer mon équipe. Ca serait être malhonnête. Je vais garder l’équipe à 100% en lui ajoutant deux ou trois renforts.
Ce seront des joueurs du championnat de France de Futsal ?
KB : Pas forcément, nous discutons avec un joueur du championnat, puis un autre joueur… peut-être des anciens de l’équipe de France.
L’année prochaine, vous serez l’équipe à battre, ça ne vous fait pas trop peur ?
AJ : On adore ça. Toute cette année, on a été attendu. Ca nous motive.
KB : C’est ça, on connait ce statut. Sur chaque journée, il faudra défendre son titre. L’année prochaine, les équipes n’attendront plus KB United mais le champion de France en titre.
Vous jouez l’Europe la saison prochaine, comment vous situez vous par rapport au niveau futsal Européen ?
KB : On est encore loin. Peut-être qu’on peut rivaliser avec les équipes qui jouent le tour préliminaire mais avec les gros qui s’entrainent deux fois par jour, ça n’a plus rien à voir.
Quels sont vos objectifs dans cette compétition ?
KB : Tenter de passer le tour préliminaire. Une seule équipe par poule se qualifie lors de ce tour alors que deux équipes se qualifient au tour suivant. Donc si on passe le premier tour, nous tenterons alors d'aller le plus loin possible. Mais le plus important est de vivre une belle aventure, représenter la France du mieux possible.
Vous avez pu compter sur votre public durant toute cette saison. KB a un des publics les plus fidèles de France mais aussi l’un des plus virulents, n’avez-vous pas peur que cela devienne un problème ?
KB : Je voudrais avant toutes choses les remercier de nous soutenir et d’être toujours présents et ça depuis la création du club. Mais c’est vrai qu’il y a un gros travail à faire, notamment sur certains de nos supporters parce que tout le monde n’est pas turbulent non plus. Mais y’a du travail sur une partie notamment par rapport aux insultes, sur la chambre. Il y a des choses qu’on doit améliorer. Mais sachez que nous travaillons main dans la main avec tous les éducateurs du club pour mettre en place des actions pour discuter et être derrière nos supporters. Parce qu’effectivement, les insultes gâchent le futsal.
Je vous laisse nous donner le mot de la fin.
KB : Je suis très fier de mon club et d’être champion de France 2010.
Je voudrais aussi remercier nos supporters, les gens qui nous soutiennent, qui travaillent pour ce club en coulisse et dont on ne parle pas assez. Il y a donc Jaoad Assaïd, Mahrez Hedfi, Karim Chiakh, Nabil Laribi et Mickaël Bielauskas. Ils sont tout le temps avec moi. Je suis très souvent sur le devant de la scène de par mon statut de président mais ces gars effectuent un gros gros travail derrière. Il faut le souligner.
Je tiens aussi à remercier les sponsors sans lesquels, on ne pourrait pas travailler, il y a Luxcar, Trésors Sucrés, Jidal, Poptel Publicité et France GSM, merci à eux.
Je voudrais aussi remercier les différentes institutions : le conseil régional d'Ile de France, le conseil général du Val de Marne et la mairie du Kremlin-Bicètre.
[1] Futsal : en dessous de 2 € par Km, CFA2 : 3 € par Km

