L'entretien, Laurent Morel - Manager compétitions futsal UEFA
Cette semaine futsal-info.fr a l’honneur et le plaisir de partager un moment avec Laurent Morel. Cet ex-joueur de football semi-professionnel (Lausanne-Sport) et licencié en Sociologie intègre l’UEFA en décembre 2001 en tant qu’assistant compétitions futsal et féminines après un passage dans l’aviation. En 2003, il se spécialise sur le futsal puis en 2005, il devient Manager des Compétitions Futsal. Mardi 6 Juillet, il présidait le tirage au sort de la coupe de l’UEFA.
«Certains pays commencent à se demander pourquoi les joueurs espagnols ont une technique au dessus de la moyenne ».
En quelle année, l’UEFA a-t-elle intégré le futsal dans ses disciplines ?
Les premiers documents remontent à 1994, où l’UEFA avait effectué un sondage au sein des associations pour sonder quel était l’état du Futsal en Europe.
Quels étaient les projets à ce moment là ?
Peu concrets, ils sont venus plus tard, avec l’appui de la commission Futsal de l’UEFA. Un Euro sur invitation a été inauguré en 1995/1996 (tour final à Grenade, Espagne) [1]
« Le fait d’avoir 47 pays sur 53 avec une ligue nationale démontre que la discipline est bien ancrée ».
Quels ont été les moyens mis en œuvre par l’UEFA quant au développement du futsal ?
Au début, la Division Développement s’est purement concentré sur le tour final, dès 2002 d’autres aspects sont venus s’ajouter (Conférence Futsal UEFA), puis en 2005, il a été décidé d’intégrer le Futsal dans la Division Football Professionnel, ce qui a permis de développer beaucoup d’aspect dans nos compétitions (Marketing, promotion, arbitrage, soutien aux clubs, finances, ressources humaines, etc.)
A quel niveau l’UEFA a une influence sur les instances nationales ?
L’UEFA est au service des associations, nous les encourageons et tentons de convaincre des bienfaits du Futsal (technique, intégration, philosophie de jeu, groupes cibles, etc.), le fait d’avoir 47 pays sur 53 avec une ligue nationale démontre que la discipline est bien ancrée.
Quels sont les projets de l’UEFA au niveau du futsal pour le futur ?
D’énormes chantiers sont encore en cours, nous devons travailler par priorités. Le Futsal des jeunes en est une, afin de préserver l’identité nationale et d’inverser la tendance dans laquelle les Brésiliens (en grande majorité) sont naturalisés car déjà « formés » (le Futsal débute dès 3 ans au Brésil…). Mais nous allons réévaluer la compétition clubs, l’Euro doit encore évoluer aussi, un effort doit être fait au niveau de la communication aux associations, dans laquelle l’UEFA défend les valeurs et la spécificité du Futsal et sa complémentarité avec le football. Enfin, des progrès doivent intervenir au niveau des cours entraîneurs, afin de garantir un « label » européen au niveau du coaching.
Quelles sont les attentes de l’UEFA en finalité de ces projets ?
La finalité est dictée par notre Président, qui promeut une vision pour le football. Le Futsal a certainement un potentiel extraordinaire de se positionner comme l’un des sports indoor les plus prometteurs, ainsi que d’améliorer le football en général (voir les résultats d’équipes comme le Brésil ou l’Espagne), et d’augmenter le nombre de joueurs licenciés dans les Associations à travers l’Europe (et le monde..). L’avenir se dessine relativement positivement.
Je reçois actuellement beaucoup de questions concernant le Futsal féminin qui a – à mon avis – un attrait tout particulier pour les femmes de tout âge, de part le confort que le Futsal apporte, mais aussi du fait du nombre de joueuses nécessaire et de la disponibilité des terrains. Quant au Futsal des jeunes, c’est aux Associations d’en prendre conscience, et le mouvement est en marche. Plus de 30 pays sont en mesure d’aligner une équipe moins de 21 ans, et nous étudions la faisabilité d’un éventuel retour du tournoi européen moins de 21.
Quel est le pays qui enregistre le plus grand nombre de licenciés FUTSAL ?
Les statistiques sont très difficiles à analyser, du fait de la grande disparité des systèmes de licences dans les associations en Europe. Mais j’ose imaginer que la Russie possède le plus grand nombre de joueurs/euses licencié(e)s
Y’a-t-il un plan d’harmonisation du développement technique au sein des pays ?
Pas du tout, mais certains pays commencent à se poser la question de savoir pourquoi les joueurs espagnols (inclus les petits gabarits genre Iniesta, Xavi…) ont une technique au-dessus de la moyenne. Comme toujours dans le monde conservateur du football, il faut du temps pour qu’une idée fasse son chemin et qu’une majorité d’élus comprenne le bien-fondé de développer le Futsal
Au Brésil, personne ne joue au football avant l’âge de 12-13 ans. Un terrain de foot à 11 est un luxe que seuls les grands clubs peuvent se permettre. Mais à Flamengo ou Santos, que j’ai visité en 2008, les sections jeunes ne jouent qu’au Futsal, ce qui leur permet une acquisition technique bien plus rapide que tout les modèles européens…Un étude de l’Institut du Sport de Francfort a démontré à travers une experience de quelques mois avec 400 jeunes, que l’emploi du ballon Futsal avec les jeunes permettait une acquisition jusqu’à 30% plus rapide qu’avec un ballon normal sur certains gestes techniques. L’idée fait donc son chemin…
« Mon souhait est que la professionnalisation du futsal se fasse en préservant l’esprit sain dans lequel ce sport s’inscrit ».
Pourquoi selon vous la France a pris tant de retard sur les autres pays européens ?
Le fait d’avoir une équipe nationale depuis plus de 10 ans, sans avoir de ligue nationale n’a certainement pas aidé à progresser. Le fait d’avoir aussi des problèmes de gouvernance du Futsal en France n’arrange en rien un développement. Je pense toutefois que l’énorme travail de fond effectué par Henri Emile, doublé de l’excellente publicité faite grâce aux événements RTL Futsal, a permis au Futsal FFF de prendre racine, et la création de la ligue nationale ne fait qu’encourager le processus de croissance.
Selon vous, qu’est ce qui permettra à nos instances de faire progresser le futsal Français ?
Grâce à une stabilisation de la ligue nationale et un programme de développement des jeunes, en commençant par la tranche 17-19 ans, puis par une initiation dans les cours de sport dans les écoles.
J’ose simplement espérer qu’une professionnalisation de ce sport permette de se faire « une place au soleil », mais mon souhait est surtout qu’un tel pas en avant se fasse en préservant l’esprit sain dans lequel ce sport s’inscrit. Ce sport est un exemple d’esprit de compétition saine avec des règles faites pour protéger des tricheurs, il serait donc crucial que la professionnalisation n’amène pas son lot habituel de problèmes, souvent lié à l’afflux d’argent et intérêts. L’avenir nous le dira.
Quels sont les moyens d’y parvenir ?
Une association nationale convaincue et une famille du Futsal en phase avec le football.
Je vous laisse conclure, si vous souhaitez aborder un point en particulier ou faire passer un message…
Je souhaite plein succès à votre site et espère que le Futsal français puisse rattraper son retard grâce à son envie de progresser et surtout grâce à sa volonté de convaincre la FFF de soutenir le mouvement qui est en marche, inexorablement.
[1] Victoire de l’Espagne 5 à 3 en finale sur la Russie grâce notamment à 4 buts de Vicente Martinez

