Mohammed Belkacemi, l'entretien

 

 

Mohammed Belkacemi est un personnage charismatique du futsal en France et du football dans les quartiers. Adjoint de Patrick Pion en équipe de France U21, l’enfant de Montreuil défend corps et âme l’idée que le football est un formidable outil d’intégration. Le futsal, sport des quartiers, en assure aujourd’hui la continuité. De par son expérience et son parcours, il a une vision juste des choses. Entretien.

 

« Ca commence à partir, nous parvenons à convaincre, ça commence à être très positif. »

Présentez-vous au public qui ne vous connait pas encore ?

A la base, je viens du sport de combat. Le football est venu après dans le club de Montreuil, j’avais 14 ans. Et 4 ans après, j’ai intégré un groupe pro en 3ème division. A mon sens, le football a toujours été un moyen de sociabilisation, un sport de solidarité. J’ai ensuite joué en national pendant 10 ans au Paris Football club mais aussi à Gueugnon, Tours ou Orléans avec lequel j’ai eu la chance de jouer 3 matchs en D2. Mais à 30 ans, je me suis rendu compte que pour vivre, j’avais besoin d’autre chose, je n’étais que semi-professionnel, alors j’ai passé mes diplômes d’entraineur. Aujourd’hui, je suis brevet d’état deuxième degré sur le football et je suis en train de passer un master 2 (master exécutif en management des organisations sportives - option insertion par le sport) pour le CNOSF.

 

Comment s’est faite votre arrivée dans le futsal ?

J’ai été nommé par le comité directeur de la ligue de Paris pour être le représentant du futsal sur la région. En France le futsal est la suite logique du football de quartier, du jeu en espace réduit. Nous avons été amenés à jouer au futsal en France car nous avions un problème d’espace et où avons-nous un problème d’espace ?... dans les quartiers. Lorsqu’on m’a demandé de m’occuper du futsal, j’ai fait un parallèle avec mon métier de formateur et j’ai compris que grâce à cet outil nous pouvions continuer à œuvrer dans les quartiers en développant des structures. J’en ai donc fait la promotion. L’insertion est un problème latent que l’on retrouve partout. De part mon expérience et mon expertise, j’utilise le football et donc le futsal comme outil d’insertion.

 

« Aujourd’hui, un bon joueur de futsal est un joueur complet. »

 

En quoi consiste votre rôle au sein des U21 ?

Pendant quatre ans, de 2004 à 2008, j’ai eu la gestion de l’équipe U21 avec Henri Emile. Désormais, je suis avec Patrick Pion, nous sommes dans la logique de développement du futsal mis en place. J’organise toute la partie tactique et technique de l’équipe.

 

Constatez-vous de réels progrès entre les premières générations et celles d’aujourd’hui ?

Au niveau du jeu, il y a des choses intéressantes qui se sont mises en place, il y a fatalement une évolution, elle est positive. L’intérêt est plus grand. Mais, on reste très très loin de ce qui peut se faire dans les pays étrangers. Mais comme on dit : « Paris ne s’est pas fait en un jour ».

 

Selon vous, quelles sont les vertus que doit démontrer un bon joueur de futsal ?

Quand on regarde les joueurs aujourd’hui, ça a tellement évolué, qu’ils doivent désormais être complets. Tout a changé, les surfaces, les systèmes de jeu, le matériel et même la société, donc forcément les exigences sont plus grandes. Le joueur doit être capable de jouer en espace réduit, d’éliminer, de comprendre très vite le jeu et avoir une grande capacité d’adaptation. Il faut un gros capital. En amateur, on peut voir certains joueurs combler un manque technique par un excellent placement sur le terrain. L’état d’esprit est également primordial.

 

Quels sont les futurs objectifs plus ou moins proches de la sélection U21 ?

Il y avait un championnat d’Europe que l’UEFA a arrêté. Notre objectif est avant tout de faire travailler et progresser cette équipe, elle sert de réservoir à l’équipe A. Il n’y a pas vraiment de politique de résultats mise en place. Lors de notre premier rassemblement UEFA avec les U21, nous avions eu de très très bons résultats. En septembre 2007, Henri Emile a donné son accord pour participer au premier tournoi pré-qualif’ du championnat d’Europe U21 qui se déroulait en Avril 2008. Nous avons donc eu très peu de temps pour préparer cette équipe. Nous avions pris l’option de prendre des jeunes de centres de formation. On a eu 20 jours pour préparer le tournoi. L’équipe termine finalement deuxième dans le groupe de l’Italie qui, la même année, était finaliste face à l’URSS. La France était la seule équipe non professionnelle. On perd notre premier match face à l’Italie 8 à 0, le score est lourd vue la physionomie de la rencontre. Derrière, nous battons la Moldavie 6 à 0 puis la Turquie 6 à 1. Nous avions été adulés par l’Italie. Notre équipe était très performante, composée de jeunes issus de centres de formation. Ces jeunes proposaient des qualités tactiques et techniques qui ont facilité cette tâche peu évidente au départ. Ils avaient une faculté à tout assimiler très vite. En France, nous sommes encore dans l’amateurisme avec un manque dans la formation, dans la structuration des clubs…

 

Comme vous le dites, encore trop peu de clubs ont une logique de formation, comment la FFF peut encourager les plus jeunes à s’intéresser au futsal ?

Effectivement peu de clubs pensent à se former et à participer à des séances de formation. Ce sont pourtant ces séances qui leur permettraient d’apprendre à gérer une équipe de futsal, à avoir une logique de formation. Et à ce niveau, la FFF a mis en place des sessions depuis un moment. Dans trois régions, l’Alsace, le Nord et Paris ces programmes sont déjà bien organisés, ça arrive progressivement au sein des autres ligues. Il y a un réel besoin de créer des modules de formation. Certains clubs l’ont compris, il faut que les autres suivent désormais.

Le futsal est un super levier d’insertion. Beaucoup de jeunes sont dans leur quartier, font du football et grâce aux formations dont nous avons parlé auparavant se découvrent une fibre d’éducateur. Je connais des enfants partis de rien et qui aujourd’hui ont des BE1, BE2. On amène les jeunes à se structurer, à coordonner, à écrire. Quand je parle d’outils d’insertion, on est en plein dedans, là on y est et on a des résultats exceptionnels.


« Le potentiel humain pour monter de grosses équipes, nous l’avons. A coté de ça, le chantier est énorme. »

 

Comment expliquez-vous que la France, un grand pays de football, ait pris autant de retard sur un sport, le futsal, cousin de la discipline ?

On a affaire à des réticences culturelles. Où se joue le futsal généralement ?... Dans les quartiers. On ne veut pas opposer le football avec le foot de quartier. C’est un état d’esprit, ce sont des mentalités qu’il faut réussir à changer. Il faut réussir à convaincre. Henri Emile avait commencé. D’autres personnes œuvrent désormais dans l’ombre comme M Couchoux Philippe, de la ligue de Paris, qui fait un travail remarquable à ce niveau.

C’est une des raisons qui explique notre retard, c’est plein d’aprioris. Mais ca commence à partir, nous parvenons à convaincre, ça commence à être très positif. Il faut aussi arrêter d’opposer les deux pratiques, ces deux sports sont des compléments. Nous avons fait une étude sur la coupe du monde. Le jeu de l’Espagne était fait de passes courtes, très rapides et d’une très grande mobilité. D’où vient cette organisation ? du futsal… Les espagnols organisent le jeu comme on l’organise en futsal. Si demain, je devais prendre en main une équipe de football, je lui imposerais une séance de futsal par semaine, il n’y a pas mieux et actuellement, on est au sixième sous-sol.

 

Quelle est la chance de voir un jour l’équipe de France au niveau des autres grandes nations européennes et mondiales ?

Au Portugal, il y a du futsal partout, en Espagne, il y a du futsal partout, en Italie, il y a du futsal partout et pourtant ils ont les mêmes problèmes que nous, le futsal est né dans leurs quartiers. Certains de nos quartiers sont des résidences à coté et on se plaint. Je n’ai pas de doutes sur le fait que nous parviendrons à porter une équipe dans les 10 meilleures nations européennes. Mais d’un point de vue culturel, nous avons pris trop de retard, nous ne le rattraperons pas.

Mais je suis de nature optimiste. Je le vois bien de toutes façons, à chacune de mes interventions en France, le futsal crée une dynamique. Le potentiel humain pour monter de grosses équipes, nous l’avons. A coté de ça, le chantier est énorme. On ne peut pas être à la fois joueur, entraineur et président d’un club. Il ne faut pas penser uniquement au jeu. Il faut partir du parking, passer par le vestiaire et jusqu’au terrain. La base doit être solide, chaque pierre à sa place, sinon l’édifice s’effondre.

 

Quel est votre sentiment sur le premier championnat de France de futsal ?

Il y a eu un petit décalage de niveau entre la poule A et la poule B. De ce que j’ai entendu, l’esprit a été très bon. De ce que j’ai vu, j’ai été agréablement surpris par le niveau de la finale du championnat et par les deux ou trois matchs auxquels j’ai assisté. Indéniablement, il y a du progrès. C’est d’ailleurs ce qui me permet d’être optimiste.

On parlait de solidité. Ce championnat est la vitrine de tous les efforts qui ont été faits par la fédération et les clubs. Il y a bien eu des gens qui nous ont critiqués et qui ont tentés de nous freiner mais pour moi tous les détracteurs sont des moyens de stimulation. Ce championnat a prouvé qu’il était bon.

Après, il faut réduire l’écart entre ces deux poules, voire ne plus avoir qu’une seule poule et une un peu moins forte. C’est une chose à laquelle il faut arriver. Sinon, merci Henri Emile, MERCI HENRI EMILE. Il avait tout compris. Il m’a donné une leçon sur la vie, à tout âge, on peut rebondir.

 

La création d’un championnat de France était nécessaire à l’évolution du futsal, selon vous, quelles seront les prochaines étapes ?

C’est sur, ça faisait partie des étapes pour évoluer. Ensuite, il y a deux solutions, soit on modifie l’architecture et on réduit les écarts ou on reste tel que l’on est et on continue à travailler. C’est bien de voir évoluer un projet nouveau pendant trois ans. La première année ne peut être comparée à rien, donc on fait la deuxième année que l’on compare à la première pour construire la troisième et à partir de là, on peut apporter quelques modifications. Et il y a un autre football, au niveau de la politique. Il faut convaincre, ce n’est pas toujours facile.

Mais surtout, laissons les clubs se structurer. C’est un vrai problème aujourd’hui, les jeunes montent des équipes et oublient de se structurer. Il faut construire tranquillement, les clubs voient le terrain, pensent terrain mais prenons le temps de construire autour.

 

Je vous laisse conclure, y’a-t-il un message que vous souhaitez faire passer ou un sujet que nous n’avons pas abordé ?

Je propose des services aux clubs parisiens à leur demande. Je les accompagne pendant 4-5 séances d’entrainement. Je fais une dizaine de clubs par saison. J’observe les jeunes, j’apporte la bonne parole, ça me permet de rester au contact du terrain. Cette année, j’ai fait Garges, Vision Nova, ACASA, C noues… Je leur donne des billes en fonction de ce que je vois. J’apporte ma contribution pédagogique sur le terrain. Je peux aussi me déplacer en province si un club me sollicite.