L'entretien, Mustapha Otmani

Mustapha Otmani a découvert le futsal par le biais de la coupe nationale. Après deux participations avec son club de football Livry Gargan, il rejoint le club d’Issy Futsal avant de partir trois saisons au Portugal où il évoluera en ligue 2 de football sous les couleurs de Moreirense, Pedras Rubras et Ribeirao. De retour en France, il gagne la coupe nationale de futsal en 2007 avec le club qu’il a quitté trois ans auparavant et participe à la ligue des champions l’année suivante. Par la suite, il signera un premier contrat pro en futsal avec le club Chypriote d’Ararat Nicosia avant un long parcours professionnel. L’international, en France durant la trêve de Noel, revient pour Futsal-info.fr sur son parcours, le championnat de France et l’équipe de France. Le discours est ambitieux, modeste et déterminé. Entretien.

 

«A l’étranger, les remplaçants te poussent à être plus fort sur le terrain»

 

Dans quelles conditions s’est fait votre départ pour Chypre ?

Lorsque nous avons participé à la ligue des Champions avec Issy les Moulineaux, nous avons rencontré le club Chypriote d’Ararat Nicosia qui m’a proposé un contrat pro. Les dirigeants me proposaient de superbes conditions en plus du salaire, j’étais nourri et logé et il y avait surtout des entrainements quotidiens. Etant donné que je n’avais pas d’attache en France, j’ai tenté l’expérience. L’aventure s’est arrêtée fin 2007, j’ai alors intégré un club à 11 à La Réunion avant d’être appelé par le club Monténégrin de Plevlja que nous avions également rencontré lors de la ligue des Champions avec Issy. Ils entamaient une nouvelle campagne européenne et voulaient se renforcer. Puis j’ai joué au Sporting Club de Paris avant de repartir vers Chypre, cette fois avec le club d’Omonia depuis novembre 2009.

 

Que vous a apporté cette expérience d’un point de vue sportif et humain ?

A force de voyager, j’ai rencontré beaucoup de bons joueurs et j’ai énormément appris de chacun. Tous on un style de jeu différent, il y a le style Brésilien, de l’Est… Tous les pays ont une manière un peu différente de jouer et de travailler et tous veulent la partager avec toi. C’est très enrichissant et finalement il y a un mix entre tous ces styles. Défensivement, offensivement, tactiquement, techniquement, il y a beaucoup de choses à bosser. L’avantage d’un club pro, c’est qu’avec un voire deux entrainements quotidiens, tu peux réellement travailler ce que tu vois autour. Donc tu progresses beaucoup. Un joueur de 35 ans qui s’entraine tous les jours sera mieux physiquement qu’un joueur de 20 ans qui foule le parquet deux ou trois fois par semaine uniquement.

 

Quelle différence notable faites-vous entre un club pro et un club amateur ?

La discipline des joueurs. Dans un club à l’étranger, il y a 12 joueurs sur le banc. Tous ne jouent pas régulièrement mais les remplaçants seront quasiment plus motivés que les titulaires. Ils sont sur le côté à t’encourager, à te soutenir et ils te poussent à être plus fort sur le terrain. Les mecs derrière ne sont pas là à critiquer ou à demander du temps de jeu. En France, nous avons encore trop ce type de problèmes à gérer. A l’étranger, les gars savent que certains joueurs sont meilleurs qu’eux donc ils vont venir à l’entrainement avec l’envie de progresser et d’apprendre et finalement ce genre d’attitude profite à tout le groupe.

Cette discipline, on la retrouve sur le terrain, à l’écoute du coach. Il y a une grosse entraide et une grosse solidarité. Les gars sont pros dans leur tête et ne se tirent pas dans les pattes. Lorsqu’on gagne un match, c’est une victoire d’équipe, tous les joueurs, même les remplaçants sont victorieux et méritent la victoire. Un exemple, ton co-équipier va se battre et gagner un duel défensif puis il va se retourner vers le banc et pousser un cri victorieux, les deux poings serrés. C’est quelque chose qu’on ne voit pas en France car tout de suite ce serait interprété comme de la provocation. C’est dommage. Il y a vraiment une autre mentalité, ce sont des pros jusqu’au bout.

Ensuite, l’autre grande différence que l’on peut noter se situe bien évidemment dans la structure du club.

 

« Je pense que le Sporting ne va pas se louper cette saison »

 

Quelles sont vos ambitions personnelles ?

Pour commencer remporter le doublé coupe-championnat avec l’Omonia puis au niveau international passer le tour préliminaire à Malte fin Janvier. Mais honnêtement, je vis au jour le jour, je prends match après match, on verra à la fin de saison.

 

Suivez-vous le championnat de France et quel est votre pronostic ?

Tout le temps. Je pense que le Sporting ne va pas se louper cette saison. En finale la saison dernière, ils se sont fait surprendre. A mon sens, ils ont sous-estimé le KB qui est arrivé avec plus de détermination. Le SCP a entamé la finale avec la victoire déjà dans un coin de leur tête. S’ils retrouvent la finale cette saison, je pense qu’ils seront beaucoup plus concentrés et vigilants. Après, il y a Paris Métropole que j’ai vu jouer à l’aller face à KB. J’ai vu quelques vidéos également et j’ai été assez impressionné. Mais il ne faut pas oublier le KB. Cette équipe ne lâche rien, c’est connu. On a déjà vu des retournements de situations. Je les crois encore capables d’atteindre les play-offs. Je ne connais pas trop les autres équipes à part Cannes qui a recruté un bon Brésilien de Fortaleza. Le groupe B est assez serré, les équipes n’auront plus vraiment le droit à l’erreur car Paris Métropole prend déjà une place, derrière ça se jouera entre Cannes, KB et éventuellement Bruguières.

Dans le groupe A, derrière le Sporting, je mettrais une pièce sur Bethunes. Ils ont des joueurs d’expérience avec Saidi, Boussaadia, Heuninck… Après, chaque équipe du championnat a une chance à saisir et peut aller loin, quelque soit la poule.

Mais bon, c’est à la fin du match qu’on crie victoire. Il ne faut ni surestimer ni sous-estimer une équipe. Il faut savoir rester humble. Ne pas l’être est un manque de respect. J’ai été chambreur sur le terrain, du style à dribler le même joueur à plusieurs reprises. J’ai très vite été calmé et j’ai compris que c’était un manque de respect. L’une des choses les plus importantes que j’ai appris depuis le début de mon parcours, c’est la simplicité dans le jeu. Depuis, j’ai beaucoup progressé et je me suis concentré à me faire mal sur le terrain.

Un retour en France est-il envisagé ?

Oui, je pense que c’est ma dernière année à l’étranger. Je viens de monter une entreprise dans la serrurerie et la vitrerie. J’ai conclu un arrangement avec mon club actuel pour finir la saison. Les conditions qu’ils m’ont proposé ne se refusaient pas aussi bien sportivement que financièrement. Je suis véhiculé, nourri, logé et les primes de match sont intéressantes. Le challenge sportif est également ambitieux puisque nous avons pour objectif de remporter la coupe et le championnat de Chypre. Après, si nous gagnions, ils chercheront peut être à me conserver pour jouer la ligue des champions… Je réfléchirais à ce moment là. Il y a des chances pour que le club Chypriote qui se qualifiera ne joue pas le tour préliminaire. Le dernier club a atteint le tour Elite [1]. Pour le moment, ce qui m’importe c’est de bien finir mon année et partir avec de bons souvenirs.

 

Etes-vous déjà en contact avec un club Français ?

Oui, je suis régulièrement en contact avec 1-2 clubs qui me proposent des projets différents. Je ne ferme absolument aucune porte. Pour le moment, je suis concentré sur mon championnat et j’attendrais la fin de saison.

 

A quand remonte votre première sélection en équipe de France ?

A 2006, juste après la finale de la coupe de France. Je fais une bonne finale et je suis convoqué pour les présélections en Mai puis les sélections en Septembre. J’intègre le groupe France pour le premier match de la saison, c’était une rencontre amicale face à la Georgie. J’ai commencé sur le banc, j’avais un tout petit temps de jeu. Je m’entends encore me dire que je devais être bon pour saisir cette chance. Je ne voulais pas attendre qu’on m’en offre une seconde. Bon finalement, je ne fais pas un super match, je rends une copie correcte mais je mets un doublé lors des deux matchs suivants face à l’Angleterre.

 

« A Malte, tout dépendra de nous »


Quelle évolution notez-vous au sein du groupe par rapport à vos débuts ?

Le championnat de France a fait évoluer le groupe. Les internationaux jouent plus de matchs, s’entrainent plus durant l’année donc forcément ils progressent davantage. Le coach a aussi beaucoup plus d’expérience. Il a une certaine d’analyse du futsal et des équipes adverses qui est très bonne. Après, les conditions lors des regroupements sont excellentes aussi lorsque tu rentres sur le terrain tu ne peux être que très bon.

 

Vous avez côtoyé de nombreuses générations bleues. Que pensez-vous de la génération actuelle ?

Les joueurs sont très bons. Mais certains arrivent en sélection et se mettent trop la pression. Ce sont les meilleurs dans leurs clubs et ils ne se laissent pas le droit à l’erreur en sélection ce qui les empêche de se libérer totalement alors qu’il y a du talent.

 

Quelques jeunes ont connu le groupe dernièrement, sont-ils bien intégrés ?

Oui je pense, ce sont des gars très motivés et c’est ce qui est important. Ils sont heureux d’être là et veulent gagner leur place.

 

Vous faites désormais parti des anciens. Qu’est ce que ca change pour vous ?

En tant que cadre, nous sommes là pour aider les jeunes à intégrer le groupe. Lors des regroupements, je suis régulièrement en relation avec le capitaine Stéphane Basson, on discute beaucoup. C’est un rôle qui me tient à cœur. Je suis en sélection depuis longtemps, ça c’est toujours bien passé. Quand un jeune arrive, nous sommes là en tant que leader, nous leur expliquons comment se passe la vie au sein de l’équipe de France, nous ne sommes pas en club et les règles sont un peu différentes. Après, c’est au joueur de prouver et de gagner sa place.

 

Il y a Malte à la fin de l’année. L’équipe de France est-elle prête et quelles sont ses chances de se qualifier ?

On a une vraie chance de se qualifier. Malte est à notre portée mais il ne faut pas oublier que sur un match tout peut se jouer. La Bulgarie, c’est un peu moyen. Concernant la Lituanie, un de mes co-équipiers les a joués lors de la Baltic cup. D’après lui, ils ont beaucoup de jeunes.

Tout dépendra de nous en réalité. Si nous jouons à notre niveau sans nous mettre trop de pression, que nous sommes concentrés, motivés et que nous respectons les consignes alors l’équipe de France a le niveau pour passer ce tour préliminaire.

 

Je vous laisse conclure.

Je souhaite que le futsal en France se professionnalise. C’est le souhait que j’ai avec celui de voir l’équipe de France se qualifier pour la phase finale d’une grande compétition internationale. En France, nous avons de très bons joueurs, il y a un vrai potentiel. Au niveau technique, nous avons ce qu’il faut, nous péchons au niveau tactique mais ça viendra.

Je souhaitais également souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année à tous les clubs et que le meilleur gagne.

 

 

[1] Le club d’Ararat à participé au tour Elite cette saison dans le groupe 2 avec les clubs de Montesilvano (Italie), Ekaterinburg (Russie) et Naxcivan (Azerbadjian).