L'entretien : Patrick Pion
Patrick Pion n’est pas seulement sélectionneur national des U21 mais est également en charge de nombreux dossiers au sein de la FFF et notamment de celui du développement du futsal. Il a largement participé à la mise en place du plan sur 6 ans, publié en Septembre dernier. Il répond aujourd’hui sans détour aux questions de futsal-info.fr, de la formation au sein des ligues jusqu’à la professionnalisation de la discipline en passant par l’arbitrage ou encore la refonte du championnat Elite. Un entretien publié en deux parties entre aujourd’hui et demain.
« Tout doit concourir pour que l’équipe de France devienne meilleure ».
Présentez-vous au public qui ne vous connait pas encore ?
Je suis depuis le 1er janvier entraineur national au sein de la DTN, j’ai en charge trois dossiers principaux : l’animation et le développement des pratiques chez les jeunes, le développement du futsal puis la formation des entraineurs au niveau du football ainsi que sur la rénovation des diplômes du foot et du futsal. Le plus important des trois est le développement des pratiques pour lequel beaucoup de questions se posent. Concernant le futsal, c’est un dossier intéressant qui traite du développement de la discipline et de l’élite.
Avant cela, j’ai un cursus simple. J’ai été joueur de niveau régional puis je suis devenu éducateur très jeune dès 17-18 ans jusqu’à 28-29. En parallèle, j’étais instituteur et entraineur dans mon club pour toutes les catégories soit environ 10 séances par semaine. Puis je suis rentré à la DTN en Touraine dans l’Indre et Loire en tant que conseiller technique départemental puis je suis devenu DTR de la région centre jusqu'au 1er janvier dernier.
Comment s’est faite votre arrivée dans le futsal ?
Il y a eu plusieurs options envisagées pour reprendre la suite du travail d’Henri Emile. Beaucoup ont été discutées puis Gérard Houiller et ses adjoints ont jugé intéressant que la personne en charge du développement des pratiques soit également responsable du développement du futsal. Ce qui a effectivement un sens puisque pour considérer un futsal à part entière, il faut déjà qu’il soit totalement intégré comme pratique traditionnelle et qu’un maximum de gens pratique la discipline. Le plan de développement du futsal a été une de mes premières actions dans ce cadre.
Comment expliquez-vous que la France, un grand pays de football, ait pris autant de retard sur un sport, le futsal, cousin de la discipline ?
Sur ce que j’en sais, dans un pays comme le notre, le football en herbe était prégnant. Lorsque la FIFA a intégré le futsal, elle a demandé aux fédérations et à l’UEFA de développer le futsal. Il faut croire qu’à ce moment là, la FFF n’a pas su trouver les personnes porteuses de ce nouveau projet et capables de le développer. Ensuite, il y a eu la coupe du monde qui arrivait et tout a été polarisé à ce niveau du coup, nous avons perdu 20 ans. Mais une fois que politiquement, il y a eu la volonté de faire, ce qui a été clairement affiché, il a fallu ramer au départ pour trouver les budgets, convaincre les gens. Ca a été le travail de James Doyen qui a fait un travail remarquable à ce niveau. Henri Emile a relayé et a donné une nouvelle impulsion médiatique à ce projet. La mise en place d’un championnat a été un plus et l’effet a été intéressant bien qu’à la vue du potentiel de certains clubs, il était peut-être prématuré. Je pense que dans les 10-20 années qui viennent, les choses vont aller un peu plus vite. Actuellement, nous effectuons le tour des ligues et nous nous rendons compte qu’il y a une vraie prise de conscience de la spécificité futsal et que les ligues vont mettre les moyens pour le développer.
«12 ou 14 clubs réunis dans une poule unique ? Sur le plan sportif, une telle structure deviendrait vite intéressante»
Le plan de développement prévoit une amélioration du statut des équipes de France pour qu’elles intègrent le gotha du futsal mondial, comment cela va-t-il se concrétiser ?
Tout doit concourir pour que l’équipe de France devienne meilleure. Il y a plusieurs axes. Le 1er, c’est la compétition, plus la D1 sera de bon niveau, plus les joueurs progresseront. Le 2ème, tout aussi important, plus les clubs vont se structurer, plus les entraineurs seront compétents, plus les entrainements seront bonifiants pour les joueurs. Le plan prévoit donc la mise en place d’un cursus de formation à la Française. Si nous continuons dans cette logique, le spectacle sera de meilleure qualité, nous aurons d’avantage de place médiatique et peut-être sous peu plus d’éclairage. A partir de là, on sait que la réflexion sur le statut des joueurs suivra. Aujourd’hui déjà, des clubs s’installent dans une voie de professionnalisation. On peut très facilement imaginer que quelques clubs dans 4-6 ans auront un certains nombre de joueurs sous contrat avec un statut particulier. Entre temps, il faudra booster le statut du joueur international pour que celui-ci ait une plus grande reconnaissance. Nous espérons aussi que certains clubs professionnels créeront une branche futsal. Ce sera l’un des enjeux de l’année prochaine, nous allons commencer à discuter avec eux. Il y a un vrai travail à ce niveau. La convergence de toutes ces questions fera progresser le futsal en France.
La formation semble être un élément important du plan de développement. Quels types d’actions souhaitez-vous mettre en place à ce niveau ?
Nous sommes en train d’élaborer un plan ambitieux sur la formation des éducateurs qui s’intègre parfaitement dans la nouvelle architecture des diplômes souhaitée et pilotée par François Blaquart, notre DTN. Un premier principe permettra à tous les éducateurs de football de proposer des séances typées futsal. Nous construisons pour les différentes catégories une batterie de séances futsal que nous distribuerons à tous les éducateurs de France afin de les aider.
Nous allons également mettre en place des formations sur deux niveaux qui associeront la découverte du futsal et le perfectionnement 1er niveau, encadrement du niveau sénior Départemental et régional. Une deuxième formation sera destinée prioritairement aux coachs de D1 voir de DH. La première devrait être prête la saison prochaine, la seconde en Sept. 2012. Il y aura également tout un aménagement sur les obligations que les clubs auront à un moment donné pour participer au championnat de France. Aujourd’hui, on y va doucement, on sait que les clubs sont fragiles, on donnera du temps aux gens pour qu’ils s’organisent de façon à soutenir les efforts de structuration
Le plan de développement évoque également la refonte du championnat de France en une poule Elite puis deux poules de deuxième division…
Rien n’est figé à ce jour mais nous envisageons, d’ici quelques années, de restreindre un peu l’Elite. Pourquoi ne pas arriver à 12 ou 14 clubs réunis dans une poule unique ? Sur le plan sportif, une telle structure deviendrait vite intéressante. Mais un certains nombre de paramètres entrent en ligne de compte parmi lesquels bien évidemment la structure financière des clubs. Les déplacements seraient plus nombreux mais aussi plus longs donc une saison couterait plus chère. Ensuite, il faudra se pencher sur l’articulation entre la DH et ce championnat unique. Deux possibilités sont actuellement à l’étude, soit la création d’une ou deux poules de D2 soit une accession de DH avec un système de play-offs. Ce qui permettrait concrètement de faire monter les meilleures équipes. Nous en sommes encore au niveau de la réflexion. Sur ce chantier très important, nous associerons tous les acteurs et notamment les clubs de l’Elite.
Vous évoquez également le souhait de développer le futsal dans les ligues mais toutes les ligues ne disposent pas des mêmes moyens ou des mêmes désidératas…
Le plan publié en Septembre est un plan cadre, c'est-à-dire qu’il regroupe tous les axes vers lesquels il faut aller pour développer la discipline. Ceci dit, nous tiendrons compte du développement de chaque ligue. Il y aura un plan régionalisé, chaque ligue aura son propre plan. A ce jour, toutes ont reçu le plan de développement cadre. Nous leur avons demandé de réaliser un diagnostic simple de l’état du futsal dans leur région à partir duquel, elles doivent définir avant le 15 janvier les points du plan qu’elles s’engagent à développer à l’horizon 1-2 ans. Entre Janvier et Mars, nous prendrons connaissance des plans d’actions transmis par chaque ligue puis de mars à mai 2011, nous visiterons chacune d’elle avec notre « boite à outils » et nous tenterons d’apporter quelques réponses en fonction du projet qu’elles auront décidé et des problèmes qu’elles pourraient rencontrer. Par exemple sur la question de la disponibilité des créneaux, nous apporterons aux ligues un certains nombre de réponses afin d’atténuer cette problématique. Que ce soit au niveau du contact avec les élus locaux ou le conseil régional, au niveau de l’image et des fausses idées que véhicule le futsal, au niveau de l’occupation des créneaux, au niveau de l’accès aux complexes sportifs qui sont dans les enceintes scolaires. Nous apporterons également des outils pour le développement au niveau de l’arbitrage, de la communication, de la formation, etc... L’idée c’est réellement de se rapprocher des ligues pour les aider à développer la discipline, nous verrons également les moyens qu’elles possèdent à leur niveau et nous tenterons de leur apporter une aide si besoin est.
Concrètement demain, une association qui souhaite monter un club de futsal mais qui se trouve confronter aux types de refus cités plus haut, que devra-t-elle faire ?
J’évoquais la boite à outils qui sera communiquée aux régions. Cette boite à outils permettra aux ligues d’apporter un soutien aux associations. Bien souvent, les ligues sont déjà démunies, faute de moyens humains. Le rôle de la Fédération est d’aider ces ligues et les personnes qui se consacrent au futsal pour qu’elles-mêmes ensuite puissent aider les clubs. Mais toutes les ligues ne fonctionnent pas de la même façon, c’est pour cette raison que nous effectuons le tour des régions.
Retrouvez demain la deuxième partie de l’entretien.
Extrait :
«...Mais tout est lié, plus nous obtenons de visibilité, plus nous intéressons les partenaires et plus nous avons de moyens pour développer la discipline et la rendre attrayante. Tout doit avancer en même temps et tout doit faire avancer le tout par retour. C’est ambitieux mais je pense qu’une fédération comme la notre se doit aujourd’hui d’être ambitieuse...»

