José Lopes De Sousa - Président du Sporting Club de Paris
« Ce ne sont pas des Brésiliens que nous faisons venir, qu’on stock dans une pièce et qu’on ressort les jours de match. »
Depuis 1983 Jose Lopes de Sousa préside le Sporting club de Paris. Il offre un long entretien à Futsal-info.fr, n’élude aucune question et partage son rêve de voir le Sporting performer sur la scène européenne.
Nous découvrons un personnage attachant, humble et passionné de futsal dont le seul but est de faire progresser cette discipline en France.
M Lopes de Sousa, présentez-nous le sporting et votre arrivé dans le futsal ?
Je suis le président du Sporting Club de Paris depuis 1983. Le Sporting, ce n’est pas que le futsal, c’est également 24 équipes de foot et 480 licenciés. Au sporting, nous avons toujours fait du futsal. A l’époque, c’était du football salon, avec le ballon qui rebondit.
Et puis, je savais qu’il y avait un créneau au niveau du futsal. Ce sport est très populaire au Portugal, ça a toujours été une passion. On le voit dans certains pays comme l’Espagne, les clubs sont professionnels. Il n’y a qu’en France où on a autant de retard.
Et notre ambition est d’aider le futsal Français à rattraper ce retard. On essaie d’aller de l’avant.
« le Sporting est le club qui fournit le plus de joueurs en équipe de France… »
Justement, quel regard portez-vous sur le futsal Français ?
Nous ne sommes pas plus bêtes que les autres. La différence c’est qu’au niveau des équipes nationales, nos voisins Européens disposent de deux ou trois joueurs brésiliens naturalisés. En Italie, ils sont même beaucoup plus nombreux.
En France, nous ne sommes pas bêtes. On peut faire aussi bien voire mieux.
Cette année, votre équipe du Paris Sporting survole le championnat de France, quels sont les ingrédients qui la rendent aussi performante ? Vos brésiliens ?
Entre autres. Je vous rappelle qu’avant les Brésiliens nous étions finalistes de la coupe de France et en finale du dernier challenge national.
Maintenant, c’est vrai que les brésiliens c’est un plus. Ils ont une culture futsal que nous n’avions pas.
Mais avant eux, le Sporting comptait dans ses rangs de nombreux internationaux francais que nous avons toujours. Les gens ont beau nous critiquer, dire que le Sporting c’est une équipe de Brésiliens mais c’est aussi le club qui fournit le plus de joueurs en équipe de France. On a dans nos rangs Riad Karouni, gardien de but, Jonathan Chaulet, Zoran Markovic, Alexandre Teixiera. Malgré ce qu’on peut entendre, on participe donc à l’évolution de l’équipe de France.
Comment faites vous pour attirer ces joueurs brésiliens ?
En tous cas pas avec de l’argent. En venant au sporting, ils intègrent une famille. Eux nous apportent beaucoup dans leur manière d’être, de part leur culture. Il y a un vrai échange. Ce n’est pas l’argent qui les attire à Paris. Il faut savoir qu’ils sont moins payés que les joueurs Français. Ce sont des garçons avec une vraie mentalité futsal, un très bon état d’esprit.
Et il y a encore l’amour du maillot. Nos joueurs, qu’ils soient français ou Brésiliens sont heureux d’évoluer ensemble, ils se font progresser mutuellement, chacun apporte à l’autre.
Les Brésiliens se sont nos frères. Il y a la culture, la langue, c’est plus facile. Ici les Brésiliens sont chez eux. La plupart ont un ou deux parents portugais. Ils sont plus européens que beaucoup.
Il faut savoir que certains de nos joueurs ont été approchés par le Sporting de Lisbonne moyennant un salaire bien plus conséquent mais ils ont préféré rester chez nous.
Ce ne sont pas des Brésiliens que nous faisons venir, qu’on stock dans une pièce et qu’on ressort les jours de match. Il y a beaucoup de respect entre nous. Ils vivent à Paris, parlent Français et sont parfaitement intégrés. Paris c’est la capital de la France, c’est une ville magnifique, beaucoup de joueurs rêvent d’y jouer.
Et pour la saison prochaine, peut-on s’attendre à de nouvelles recrues ?
Bien sûr.
Si on est champion de France, on cherchera à être encore plus fort. Mais pour l’instant, nous n’avons encore rien gagné. L’équipe du Sporting est une belle équipe mais ca ne suffit pas. Dans le sport tout peut arriver, on n’est pas tout seul.
Si nous ne sommes pas champions, c’est qu’on n’est pas encore assez fort donc on tentera de renforcer l’équipe. Mais c’est ce qu’on cherche à faire depuis toujours.
Du coup, l’attente est assez grande sur votre club ?
Oui, nous sommes le club numéro 1 de la ville de Paris. Il faut savoir que nous avons en plus un contrat social avec la ville de Paris. Le sporting ce n’est pas que le haut niveau. On se doit de faire vivre le quartier, d’être présent pour nos jeunes. Toute la semaine, on propose des activités, le gymnase est ouvert trois fois par semaine.
Nous sommes la seule association sportive qui propose des Travaux d’intérêts généraux. On cherche toujours à développer le social.
« oui, je rêve de remporter la coupe de l’UEFA. En quelques sortes, c’est mon moteur. »
Connaissez-vous le futsal Européen ?
Evidemment. Je serais à Lisbonne à la fin du mois pour la finale de la coupe de l’UEFA. Avec le staff et quelques joueurs, nous avons assisté à la finale du championnat d’Europe des Nations il y a deux ans.
On va régulièrement en Belgique, en Hollande pour les matchs importants. Nos internationaux participent parfois à des stages là-bas pour progresser. Notre coach également travaille souvent avec des clubs belges. On y attache beaucoup d’importance, c’est en côtoyant le niveau supérieur que nous allons progresser.
L’année dernière, nous avons fait une tournée au Portugal ce qui nous a permis de jouer contre les meilleures équipes portugaises.
D’après vous, le Sporting a-t-il une chance de remporter une coupe de l’UEFA un jour ?
On travaille pour ça sinon ca ne sert à rien. Il faut rêver. C’est ce qui nous fait avancer. On veut rendre à la France ce qu’elle nous a donné. Alors oui, je rêve de remporter la coupe de l’UEFA. En quelques sortes, c’est mon moteur. Je n’ai pas le sentiment que c’est inaccessible. Les autres équipes ne sont pas à des années lumières de nous. Nos clubs parviendront à élever leur niveau, j’en suis sur. En tous cas, au sporting on travaille.
Quels étaient vos objectifs en montant une équipe aussi forte ?
Nos adversaires montaient des équipes très fortes. On cherchait juste à être à leur niveau puis meilleur. On pratique un sport. On est engagé dans une compétition donc on veut être les meilleurs.
Mais attention, car nous n’avons rien gagné à ce jour. Notre équipe est très forte tout le monde s’accorde à le dire mais nous n’avons aucun titre pour le moment. On en reparlera après la coupe de France et les play-offs.
Une équipe est plus facile à détruire qu’à construire, nous devons rester vigilent tous les jours à conserver un bon état d’esprit, à respecter nos adversaires.
Qu’avez-vous à dire aux personnes qui critiquent votre gestion, qui déclarent qu’avec de gros moyens c’est très facile ?
Mais certaines équipes ont plus de moyens que nous. Ils ont mis plus d’argent à construire une équipe. « Le sporting a de gros moyens… » mais quels moyens ? J’ai l’impression qu’il y a un peu de jalousie parfois. Et on n’a pas d’argent à gogo mais 24 équipes à gérer, il faut que les gens le sachent. On n’a pas que le futsal.
Si vous gagnez tout cette année, que peut-on vous souhaiter pour la saison prochaine ?
Aller le plus loin possible en coupe d’Europe, là où aucune équipe n’a su aller à ce jour. Déjà ce serait une belle victoire.
Si on est champion de France, ca va changer. On sera encore plus fort.
Mais je vais vous dire réellement ce que je pense. Nous voulons que d’autres équipes Françaises élèvent leur niveau. On veut plus de rivaux. C’est en jouant des gros matchs tous les week-ends que le futsal en France se développera et que nous rivaliseront avec les meilleures équipes européennes.
Certaines équipes de ce championnat sont déjà très fortes et font une très bonne saison. J’espère que tout le championnat va progresser et tirer le futsal Français vers le haut.
La mairie de Paris vient d’offrir un tout nouveau gymnase dédié au futsal. Présentez nous ce projet.
Effectivement, les travaux ont commencé. Nous sommes le club phare de la ville de Paris qui a investi un peu plus de 1M d’€ pour ce gymnase dédié au futsal. C’est très important pour ce sport, c’est un geste fort qui montre que cette discipline est bien plus considérée aujourd’hui.
La mairie est avec nous mais nous sommes également avec elle par nos actions sociales.
« C’est en jouant des gros matchs tous les week-ends que le futsal en France se développera et que nous rivaliseront avec les meilleures équipes européennes. »
Selon vous, qu’est ce que vous apportez au futsal Français ?
J’imagine qu’on fait rêver quelques français. Des joueurs comme Betinho sont des grands monsieurs du futsal. Il a été champion du Brésil, de Belgique, champion d’Europe avec le club Belge de l’Action 21. Il a mis 95 buts toutes compétitions confondues cette saison.
Et ces gens là sont avec nous le week-end ou durant la semaine. Je me répète mais ils ne sont pas là que pour l’argent. Alors, les gens parlent de gros moyens. Ok, parlons de gros moyens humains.
Je vous laisse nous donner le mot de la fin. Y’a-t-il une chose que nous n’avons pas abordé et que vous souhaitez évoquer ?
Le problème du futsal en France, c’est que nous ne sommes pas reconnus au niveau du ministère. Si un jour nous le sommes alors tout va changer. Aujourd’hui nous ne sommes que les parents pauvres du football. Et je me bats pour que ca change.
On fait tout : on amène les gens au gymnase, on organise des tournois avec les meilleures équipes portugaises, belges ou hollandaises. Mais les voyages chaque week-end coutent cher. Il faut que le futsal soit traité comme tous les autres sports.

